
Deux semaines après la finale de la Ligue des champions (30 mai) à Budapest, où se défieront le Paris SG et Arsenal, le Français Ousmane Demébélé, l'Anglais Declan Rice ou le Marocain Achraf Hakimi fouleront déjà les pelouses du continent nord-américain, après avoir entre temps disputé des matches amicaux en équipe nationale.
Pour beaucoup de joueurs, ce Mondial sera l'épilogue d'une saison interminable, démarrée en août dernier avec une intersaison amputée par la Coupe du Monde des clubs nouvelle version et entrecoupée par la Coupe d'Afrique des nations en plein hiver.
Il y a "un besoin urgent de calendriers de compétitions plus équilibrés" et de "périodes de repos et de récupération protégées" alertait en septembre dernier Sergio Marchi, le président de la Fifpro (syndicat mondial des footballeurs professionnels), en préambule du rapport annuel de suivi de la charge de travail des joueurs.
En 2024-2025, Hakimi a ainsi disputé 69 rencontres, après avoir déjà joué 53 matches la saison précédente.
A l'issue du dernier Mondial des clubs, compétition lucrative élargie à 32 équipes et organisée par la Fifa, aucun des clubs engagés n'avait pourtant permis à ses joueurs de couper 28 jours, la durée recommandée par la Fifpro. Même combat pour la pré-saison, où les joueurs se conditionnent physiquement, réduite à sa plus simple expression.
"Ce n'est pas uniquement une question de nombres de matches, c'est plus une question de récupération. Il faut juste qu'on ait un peu plus de repos, de vacances pour régénérer le corps et encaisser cette charge de nombreux matches", avait déclaré l'attaquant des Bleus et du Real Madrid Kylian Mbappé début septembre, déplorant un "dialogue de sourds" entre les institutions.
Clubs et instances internationales se renvoient régulièrement la balle, chacun estimant que l'inflation des matches dépend de l'autre, et que ses intérêts - financiers - priment.
"On ne peut pas jouer plus. C'est impossible. Même certaines des dernières compétitions créées, selon moi c'est trop" déclarait en avril le président de l'UEFA Alexander Ceferin à Madrid, déplorant que chacun ait "un point de vue égoïste".
"Il faut aussi prendre en compte l'aspect émotionnel et mental qui est un petit peu moins visible, mais est aussi important que l'aspect physiologique et physique, pointe le professeur Vincent Gouttebarge, le directeur médical de la Fifpro. Le joueur est constamment sous pression."
Dans cette impasse, c'est la santé des joueurs qui risque de faire les frais de l'accumulation de ces matches. Dembélé a ainsi passé une bonne partie de la saison à l'infirmerie, après plusieurs saisons sans fin.
Le défenseur français du Barça Jules Koundé ou le milieu espagnol de Manchester City Rodri, deux joueurs très utilisés ces dernières saisons et qui ont régulièrement critiqué les cadences du foot, ont également multiplié les blessures musculaires ces derniers mois, tandis que la star espagnole Lamine Yamal, 18 ans, soigne une cuisse depuis avril.
"On a une étude de l'UEFA qui montre qu'entre 2001 et 2021, le nombre de blessures était relativement stable pendant toutes ces saisons, sauf pour les blessures aux ischio-jambiers qui avaient doublé", explique le professeur Gouttebarge, la fatigue étant une hypothèse pour expliquer cette hausse.
A l'issue de ce Mondial, les grands championnats européens reprendront tous durant le mois d'août, dès le week-end du 16-17 pour la Liga.
Les premiers tours préliminaires des compétitions de l'UEFA se dérouleront même... en plein Mondial début juillet, certains joueurs risquant de devoir enchaîner directement une fois leur équipe nationale éliminée.
Lors de sondages effectués par la Fifpro avant les deux dernières Coupe du monde, "tous les joueurs étaient d'accord pour dire qu'il faudrait au moins avoir entre quatre et six semaines de vacances avant de commencer la préparation de l'autre saison", rappelle le professeur Gouttebarge. Un seuil qui ne sera une nouvelle fois certainement pas atteint pour la plupart des joueurs, avant de repartir pour une nouvelle saison marathon.