L'édito de Thomas ToussaintDry January : votre santé passe-t-elle après leurs profits ?

Thomas Toussaint
Le Luxembourg participe officiellement au Dry January, le fameux "mois sans alcool", depuis ce 1er janvier. Quitte à vexer l'Horesca et les producteurs de vins, qui semblent s'inquiéter davantage pour leur portemonnaie que pour votre santé.
© Kelsey Knight / Unsplash

L’État doit-il assumer un rôle de prévention face aux dangers de l’alcool pour la santé. Le bon sens vous ferait certainement dire que oui. Mais du côté de l’Horesca (les représentants du secteur de la restauration, des cafés et des hôteliers) et des producteurs de vins, c’est non.

En apprenant que le ministère de la Santé lançait officiellement une campagne de promotion du Dry January, le “mois sans alcool”, les professionnels du secteur ont bondi de leur chaise mi-décembre. Tout en assurant soutenir “la responsabilité, la modération et la liberté de choix”, l’Horesca a notamment posé cette question : “Au-delà de l’objectif de prévention, une question de principe se pose : est-il du rôle de l’État d’orienter les choix de consommation individuels lorsqu’il s’agit de produits légaux, dans une économie de marché libre ?”

La seule réponse qui s’impose est “oui”, c’est le rôle de l’État. Cette prise de position est d’autant plus regrettable que les producteurs luxembourgeois ont conscience de la demande croissante pour des boissons sans alcool puisqu’ils y répondent progressivement.

Certes, l’alcool est légal au Luxembourg. Et oui, il évoque la convivialité, le patrimoine, le savoir-faire des producteurs. Ce qui ne doit pas faire oublier que l’alcool est dangereux pour la santé.

L’exercice de communication de l’Horesca est d’ailleurs assez habile : détourner le volet santé et prendre les consommateurs par les sentiments en suggérant une ingérence de l’État, qui dépasserait son rôle en recommandant de ne pas boire.

Poussée jusqu’à l’absurde, la suggestion “est-il du rôle de l’État d’orienter les choix de consommation individuels” fonctionne avec d’autres produits et services légaux. Est-ce à l’État de mettre en garde contre les jeux d’argent ? Est-ce à l’État de se positionner contre le tabac ? Est-ce à l’État de lutter contre la pornographie ? L’alcool a beau être socialement toléré, voire valorisé dans certains cas, il n’en est pas moins nocif.

L’Horesca continue dans ce registre sentimental : “Même lorsqu’il ne s’agit que d’une recommandation, un message porté par les autorités publiques a un poids symbolique important et peut influencer durablement les comportements ainsi que la perception d’un secteur entier. Aujourd’hui l’alcool. Et demain ? Les plats trop gras, le sucre ou d’autres habitudes alimentaires ?”

Faut-il vraiment justifier que le gouvernement assure sa mission avec des messages de santé publique, pour que chacun puisse vivre une vie en bonne santé ? État qui, dit en passant, reste très permissif puisqu’il autorise toujours la publicité pour l’alcool. Et oui, l’État recommande déjà d’éviter les plats trop gras, trop sucrés ou trop salés.

L’alcool est dangereux dès le premier verre

Une étude française, pays pourtant connu pour son paradoxe du “boire avec modération”, développé pour ne pas fâcher la filière viticole et protéger l’art de vivre “à la française”, avait justement rappelé qu’il n’existe pas de seuil en-dessous duquel la consommation d’alcool est sans risque. Traduction : l’alcool est nocif pour la santé dès le premier verre. Quand bien même des effets positifs existent également (stress, lien social...), ces effets sont systématiquement annulés par les conséquences négatives de l’alcool pour la santé : rôle dans l’apparition des cancers, maladies cardiovasculaires, accidents de la route...

“L’alcool a des effets toxiques sur les systèmes digestifs, cardiovasculaires et neurologique. La consommation d’alcool est le principal facteur de risque évitable pour le cancer, juste derrière le tabagisme” rappelle l’observatoire national de la santé luxembourgeois. “Au Luxembourg, il est estimé que 7% des décès étaient imputables à la consommation d’alcool en 2019.”

L’argent avant la santé

L’Horesca poursuivait aussi sur le domaine économique : “Dans une économie de marché, il appartient aux consommateurs de faire leurs choix en toute responsabilité et aux entreprises de répondre à la demande, et non à l’État d’influencer ces choix par des messages symboliques aux conséquences économiques bien réelles pour l’ensemble de la chaîne de valeur locale.”

Ou comment dire que l’État a tort de décourager les consommateurs de boire, car la filière viticole luxembourgeoise en dépend.

Alors, à votre santé messieurs dames, trinquez à leurs profits !

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