
Au quatrième jour de la guerre qui touche pratiquement tout le Moyen‑Orient, les premiers avions de ligne volent à nouveau vers l’Europe. Mardi matin, la nouvelle est tombée qu’un appareil de la compagnie Emirates avait quitté Dubaï en direction de Francfort.
Un espoir pour les 480 Luxembourgeois qui se trouvent dans la région, selon le ministère des Affaires étrangères ? Peut‑être, mais quant à savoir quand ils pourront obtenir un vol pour l’Europe, c’est une autre histoire. Notre collègue de RTL, Pierre Jans, a discuté avec un Luxembourgeois de 30 ans qui est actuellement bloqué au Qatar.
A Doha, Maurice Schaack va bien. Tout juste revenu d’un voyage sac au dos à travers la Thaïlande, son vol de correspondance vers Amsterdam a été annulé en raison de la guerre en Iran. La compagnie aérienne qatarie l’a hébergé dans un hôtel, comme beaucoup d’autres passagers.
“Je suis en contact aussi bien avec les autorités luxembourgeoises qu’avec les autorités néerlandaises. Les deux m’ont dit qu’elles surveillaient la situation. Il n’est pas encore question de nous évacuer. C’est compliqué aussi. L’espace aérien est fermé. Ils ne peuvent pas simplement atterrir. Je dois également reconnaître qu’ici, à Doha, c’est relativement calme et sûr. Leur défense aérienne a jusqu’à présent intercepté pratiquement tout ce que les Iraniens ont envoyé. On entend régulièrement des explosions et nous recevons aussi des alertes sur le téléphone. Le Qatar est relativement sûr, et c’est sans doute pour cela que pour les gouvernements européens, ce n’est pas si urgent de nous évacuer.”
Maurice Schaack n’a pas peur, en tout cas. Les informations diffusées sur la chaîne locale Al‑Jazeera ne sont pas catastrophistes et les Qataris semblent calmes.
“La population locale est relativement optimiste et de bonne humeur. Ce n’est pas la première fois que cela arrive. Ils savent que leur armée est plutôt efficace. Ils disposent des fameux missiles Patriot. Ils sont bien équipés, et les Qataris ne s’inquiètent pas. L’ambiance est globalement correcte.”
Malgré tout, le touriste luxembourgeois de 30 ans se fait beaucoup de soucis. Il s’est en effet penché précisément sur cette problématique durant ses études à Groningue, où il a obtenu un master en Middle Eastern Studies, c’est‑à‑dire en Etudes Moyen-Orientales, une région à nouveau en guerre.
Pour Maurice Schaack, les objectifs des États‑Unis sont certes clairs, mais inatteignables : “Si les États‑Unis veulent changer le régime là‑bas, c’est illusoire. Le régime iranien est cruel et brutal, et l’on souhaiterait qu’il soit possible de l’éliminer facilement, mais l’histoire récente nous montre qu’une intervention extérieure ne fonctionne pas. Elle ne fait qu’aggraver la situation. Je pense à l’Irak, à l’Afghanistan, à la Libye. Les exemples ne manquent pas pour montrer qu’on ne peut pas changer un régime de l’extérieur.”
Maurice Schaack cite encore un deuxième argument : “Si l’objectif est d’empêcher les Iraniens de construire des armes nucléaires, alors Trump n’aurait pas dû sortir de l’accord sur le nucléaire. A ce moment‑là, les Iraniens respectaient l’accord.”
On aurait alors pu entrer dans des négociations au lieu de déclencher une guerre. Une guerre dont le Luxembourgeois ressent déjà les effets à Doha, sans toutefois se considérer en danger immédiat : “J’ai des amis ici qui sont allés au musée ce matin, c’est possible de le faire. C’est relativement sûr ici, même s’il y a des attaques de missiles iraniennes. Mais nous sommes en sécurité. Nous sommes logés dans un bon hôtel. C’est vraiment supportable.”
Quant à savoir quand Maurice Schaack pourra envisager un retour, il n’en a aucune idée. La situation est encore trop incertaine.