Dimanche soir, le ministre Miki Zohar avait appelé à prendre des mesures pour déchoir de leur nationalité israélienne les réalisateurs Yuval Abraham et Rachel Szor, dont le documentaire a remporté le prix spécial à Venise, les accusant de "trahison envers l'Etat".
Dans un message publié sur X lundi, M. Zohar a dit avoir contacté le ministère de l'Intérieur pour étudier cette demande de déchéance de nationalité, accusant les deux réalisateurs d'avoir "manqué de loyauté envers l'Etat et collaboré avec l'ennemi".
"J'ai aussi demandé d'enquêter sur la façon dont les éléments ont été obtenus, qui se trouve derrière, et de vérifier si les activités ayant mené à leur collecte et à leur publication ont pu aider l'ennemi en temps de guerre", a-t-il ajouté.
Ces accusations graves illustrent la vigueur avec laquelle les autorités israéliennes rejettent toute critique de la façon dont elles livrent leur guerre contre le Hamas à Gaza, déclenchée après les pires massacres jamais commis sur le sol israélien par le mouvement islamiste palestinien le 7 octobre 2023.
La déchéance de nationalité est légalement possible en Israël, quoique rarement appliquée. La demande doit être faite par le ministère de l'Intérieur, et approuvée par des juges.
Le documentaire "NAZA" repose sur les témoignages anonymes de 24 membres de l'armée et des services de renseignement israéliens qui exposent la façon dont, selon eux, les forces israéliennes tuent sciemment de nombreux civils en cherchant à éliminer des membres du Hamas.
Dans le documentaire de 80 minutes, les personnes interrogées décrivent comment plusieurs systèmes technologiques, recourant notamment à l'intelligence artificielle, permettent à l'armée de localiser, via leurs téléphones, des membres présumés du Hamas et leurs familles, puis de les frapper indistinctement chez eux.
Selon le documentaire, "NAZA" est un acronyme utilisé au sein de l'armée israélienne pour désigner les "dommages collatéraux" estimés à chaque frappe. L'une des personnes interrogées dans le film affirme que l'un de ces bombardements visant une seule cible a tué 500 personnes se trouvant à proximité.
Les forces israéliennes "n'ont jamais planifié, approuvé ou mené de frappe à Gaza dans laquelle il était prévu que 500 personnes, ou tout autre ordre de grandeur de ce genre, meurent", a réagi l'armée lundi. "Il n'y a aucune preuve pour l'étayer", a-t-elle ajouté.