BruxellesTensions entre jeunes et policiers en marge d'une manif contre la rigueur budgétaire

AFP
Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont défilé vendredi à Bruxelles contre la rigueur budgétaire, une manifestation sous haute surveillance policière en plein mouvement lycéen et qui a été émaillée de violences.
Un manifestant renvoie d'un coup de pied une grenade lacrymogène près de la gare de Bruxelles-Midi, à Bruxelles.
Un manifestant renvoie d'un coup de pied une grenade lacrymogène près de la gare de Bruxelles-Midi, à Bruxelles.
© NICOLAS TUCAT/AFP

La police a indiqué avoir dû faire usage de canons à eau et de gaz lacrymogène après avoir essuyé des jets de projectiles, "des bâtons en bois et bouteilles en verre", en marge du rassemblement, près du coeur touristique de la capitale belge.

Des manifestants participent à une manifestation syndicale contre les mesures budgétaires du gouvernement fédéral à Bruxelles.
Des manifestants participent à une manifestation syndicale contre les mesures budgétaires du gouvernement fédéral à Bruxelles.
© NICOLAS TUCAT/AFP

"Plusieurs centaines de jeunes se sont rassemblés aux côtés des manifestants. Certains d’entre eux étaient vêtus de noir et portaient des masques", a rapporté la police. "L’atmosphère s’est progressivement tendue et d’importants troubles à l’ordre public se sont produits."

La police dénombrait 30.000 manifestants dans un premier comptage peu avant 13h00 et le gros du cortège défilait dans le calme, selon la même source.

Dans le quartier populaire des Marolles traversé par la manifestation, des groupes de jeunes gens très mobiles faisaient face aux policiers antiémeutes dans un climat très tendu à la mi-journée, selon des journalistes de l'AFP qui ont constaté plusieurs arrestations. Des canons à eau ont de nouveau été utilisés par les policiers pour repousser certains jeunes.

 

Déficit de plus de 5 %

Cette journée d'action nationale à l'appel d'une intersyndicale intervient alors que le Premier ministre Bart De Wever cible un effort d'économies massif de 10 milliards d'euros d'ici à la fin de la législature en 2029, afin de réduire un déficit dépassant les 5 % du PIB.

Le dirigeant conservateur flamand, qui négocie actuellement avec ses partenaires de coalition, espère aboutir à un accord d'ici au 13 octobre, date à laquelle il doit présenter sa feuille de route budgétaire au Parlement.

Des manifestants bloquent une route lors d’une manifestation syndicale contre les mesures budgétaires du gouvernement fédéral dans le quartier des Marolles, au centre de Bruxelles, le 9 octobre 2026
Des manifestants bloquent une route lors d’une manifestation syndicale contre les mesures budgétaires du gouvernement fédéral dans le quartier des Marolles, au centre de Bruxelles, le 9 octobre 2026
© AFP

De leur côté, les syndicats redoutent que cette coalition de cinq partis ancrée au centre-droit repousse une nouvelle fois l'option d'une possible taxation des hauts revenus pour résorber les déficits abyssaux.

L'appel à manifester est résumé ainsi par la Confédération des syndicats chrétiens (CSC), première organisation du pays : "la facture ne peut une nouvelle fois être présentée aux citoyens ordinaires".

"Il y a d'autres poches à fouiller ! Le 9 octobre est un premier avertissement", renchérit la FGTB (socialiste), dont les drapeaux rouges étaient très visibles dans le cortège qui s'est élancé vers 11H00.

Prêt à réduire de plusieurs milliards d'euros les dépenses de santé et à relever la TVA en pleine période d'inflation, Bart De Wever affirme être contraint à des "choix audacieux et difficiles", après que ses prédécesseurs ont laissé filer déficit public et endettement.

Entré en fonctions en février 2025, son gouvernement s'est très vite heurté à un front syndical mobilisant régulièrement des milliers de personnes dans les rues de Bruxelles, jusqu'à plus de 80.000 en octobre dernier et à la mi-mars.

Les rangs des manifestants ont été gonflés vendredi par des lycéens et étudiants dénonçant les coupes budgétaires qui frappent l'enseignement en Belgique francophone.

"Accélération de la dégradation"

Un policier belge utilise une bombe de gaz sur un manifestant durant une manifestation syndicale à Bruxelles le 9 octobre 2026
Un policier belge utilise une bombe de gaz sur un manifestant durant une manifestation syndicale à Bruxelles le 9 octobre 2026
© AFP

"Si on ne se bat pas maintenant, si on ne remet pas maintenant en question le pouvoir, ça va devenir de pire en pire", a déclaré à l'AFP Lola Timmermans, étudiante en communication.

La mesure qui cristallise la colère est le relèvement des droits d'inscription (le "minerval") dans les grandes écoles et universités francophones.

La réforme a été au coeur des protestations qui ont sécoué depuis le 1er octobre les établissements de l'enseignement secondaire, avec des manifestations marquées quasi quotidiennement par des violences et dégradations à Liège (est).

"Les gens en ont marre"

Le ministre belge de l'Intérieur, le libéral Bernard Quintin a fustigé l'action de "casseurs" dans la cité wallonne, son chef de parti appelant à différer la manifestation bruxelloise en raison du risque de violences.

Dans l'enseignement, "il y a une accélération de la dégradation, les gens en ont marre. Comme les enseignants, les élèves voient aussi que ça se dégrade", a dit à l'AFP Luc Toussaint, un responsable de la CGSP Enseignement, affiliée à la FGTB.

Selon le député socialiste bruxellois Martin Casier, l'exécutif de la fédération Wallonie-Bruxelles (l'entité fédérée qui gère l'enseignement côté francophone) doit revenir sur la hausse du "minerval".

"60 % de la population étudiante va payer le minerval plein (soit environ 1.200 euros par an, NDLR), c'est faux de dire que les épaules les plus larges paieront plus".

Back to Top
CIM LOGO