
En France, 63 cas positifs ont été détectés dans un abattoir des Côtes-d’Armor, 34 cas dans un abattoir près d’Orléans, et une vingtaine dans une entreprise agroalimentaire d’abattage de volailles en Vendée.
En Allemagne, plus de 90 employés d’un abattoir du nord-ouest du pays ont été testés positifs au coronavirus, dernier exemple en date dans ce secteur que Berlin s’apprête à réguler plus strictement. Début mai, 183 personnes avaient déjà été testées positives au nouveau coronavirus à Coesfeld, en Rhénanie du Nord-Westphalie, à l’ouest du pays. En avril, 300 employés, dont 200 ressortissants roumains, d’un abattoir situé dans la région de Rhénanie-Palatinat, dans l’ouest, ont été contaminés.
Au-delà de l’Allemagne, les cas de contaminations dans les abattoirs suscitent de plus en plus d’inquiétudes. Aux Etats-Unis, les fermetures d’abattoirs se sont multipliées ces dernières semaines, après de nombreux cas de contamination. La semaine dernière, un quatrième contrôleur chargé de faire respecter les règles sanitaires dans les abattoirs américains, est décédé après avoir contracté la maladie.
Pour s’assurer que les supermarchés continuent à proposer de la viande et que les éleveurs puissent faire tuer leurs bêtes, le président américain Donald Trump a signé fin avril un décret forçant les abattoirs à rester ouverts alors même que les cas de Covid-19 se multiplient parmi les travailleurs.
Le syndicat représentant les salariés des établissements transformant de la viande estimait au 8 mai que 30 d’entre eux avaient péri après avoir contracté le nouveau coronavirus, et que plus de 10.000 au total avaient été infectés ou exposés à la maladie.
Plusieurs pistes d’explications peuvent être avancées. À commencer par la promiscuité entre les salariés. Dans les abattoirs, ils travaillent côte à côte sur les lignes de production et prennent souvent leurs pauses et repas dans des locaux ne permettant pas de respecter la distance recommandée.

En Allemagne, les mauvaises conditions de travail dans ces établissements sont pointées du doigt, ainsi que le recours massif à des entreprises sous-traitantes étrangères pour l’embauche des employés, permettant de “déresponsabiliser” le secteur, selon le syndicat allemand de l’alimentaire NGG.
Ces abattoirs emploient de nombreux travailleurs d’Europe de l’Est, vivant et travaillant dans des conditions d’hygiène douteuses. Le ministre du Travail, Hubertus Heil, doit d’ailleurs présenter lundi en conseil des ministres des mesures visant à mieux y réguler les conditions de travail.
Enfin il ne faut pas oublier que dans les abattoirs il n’y a pas eu d’interruption. L’activité est restée continue, et ces établissements, contrairement à d’autres entreprises, n’ont donc pas eu le temps de repenser leur mode de fonctionnement.
Les producteurs sont déjà pris dans la tourmente de l’épidémie. Face à l’effondrement des débouchés (restaurants, cantines, marchés primeurs, événements festifs) et aux difficultés logistiques engendrées par la crise sanitaire, une crise de confiance des consommateurs est la dernière chose dont ils ont besoin.
“La viande ne transmet pas le coronavirus, on peut continuer à en consommer sans aucune crainte”, rappelle le Dr Yves Buisson, épidémiologiste et membre de l’Académie de médecine, sur le plateau de LCI.
Même son de cloche pour Laurent Habert, directeur général de l’Agence Régionale de Santé Centre-Val de Loire, qui précise qu’il n’y a “aucune alerte sur la contamination par les produits carnés. On est sur de la contamination directe entre humains”. Il n’y a donc pas de danger pour les consommateurs.