
“Nous avons traversé beaucoup d’épreuves cette année”, confie-t-il à l’AFP, ému de ramener sa chienne Daisy au bercail.
Ce patron d’une entreprise de sécurité est parmi les tout premiers à rebâtir dans cette ville, la plus meurtrie par les incendies ayant ravagé la mégapole californienne en janvier 2025 - des milliers d’habitations ont été détruites et 19 personnes y ont péri, contre 12 dans le quartier huppé de Pacific Palisades.
Pour cela, il a dû avancer plusieurs centaines de milliers de dollars de sa poche. Car pendant des mois, le gestionnaire de son prêt immobilier a refusé de débloquer les indemnisations versées par son assurance.

L’Américain de 67 ans a également dû composer avec les incertitudes créées par Donald Trump: les droits de douane sur l’acier, le bois et le ciment, souvent importés, renchérissent les coûts de construction, et les ouvriers latinos redoutent d’être arrêtés par la police de l’immigration (ICE).
“Si ICE interpelle les équipes de construction et que Trump nous impose ça en plus des droits de douane, nous ne parviendrons jamais à reconstruire cette ville”, peste M. Koerner.
Bon an, mal an, Altadena revient pourtant à la vie. Parmi les milliers de parcelles vides, quelques charpentes commencent à sortir de terre.

Les rafales de 160km/h, dignes d’un ouragan, qui ont propagé le feu à une vitesse folle, sont encore dans toutes les mémoires. Mais face à la menace du changement climatique, omniprésente en Californie, les rescapés refusent de déménager.
“Où irait-on ?”, soupire Catherine Ridder. “Il n’y a aucun endroit dans les environs qui ne soit pas vulnérable aux catastrophes climatiques.”
Le chantier de cette psychothérapeute est lancé et elle espère pouvoir réemménager en août. Une course contre la montre, car l’appartement meublé à 4.000 dollars par mois où elle est relogée épuisera le budget hébergement de son assurance en 24 mois.
Face à l’urgence, la bureaucratie californienne s’est allégée: le comté de Los Angeles délivre des permis de construire en quelques mois, là où le processus prenait auparavant souvent plus d’un an.

Des progrès insuffisants au goût de Mme Ridder, lassée par les délais d’inspection pour vérifier que son dossier respecte les nouvelles normes de construction, qui imposent notamment d’intégrer un système de gicleurs d’incendie dans la toiture.
“Il y a beaucoup de chaos et de retards”, s’agace la sexagénaire. “C’est peut-être plus rapide qu’avant, mais ce n’est pas du tout facile.”
Pour rester motivée, elle se rappelle qu’elle est “bien mieux lotie que beaucoup de gens qui étaient mal assurés”.

Dans cette zone à risque, de nombreux habitants étaient couverts par l’assurance étatique de dernier recours. Leurs indemnisations sont trop maigres pour reconstruire des maisons qui dépassent fréquemment le million de dollars.
Beaucoup comptent donc sur l’issue financière des poursuites intentées contre Southern California Edison, l’entreprise propriétaire de la ligne électrique défectueuse soupçonnée d’avoir déclenché l’incendie ayant détruit Altadena.
Carol Momsen n’a elle pas pu attendre.
Indemnisée seulement 300.000 dollars pour la destruction de sa maison, cette retraitée de 76 ans a vendu son terrain. L’afflux de cash lui a permis d’acheter un nouvel appartement ailleurs.
“Même si j’avais assez d’argent, je ne voudrais pas reconstruire à Altadena, car c’est devenu un endroit triste”, lâche l’ex-commerciale.
Face à cette gentrification forcée, l’anxiété est palpable.

Car cette ville métissée, qui a longtemps été un refuge pour les Afro-Américains de la classe moyenne, risque de perdre son âme: plusieurs parcelles vides arborent des panneaux “Altadena n’est pas à vendre !” et “Black homes matter” - “Les maisons des Noirs comptent”.
Arrivé en 1984 avec sa femme, Ellaird Bailey s’y était établi pour que ses enfants grandissent dans ce “melting pot”.
“Beaucoup de personnes que nous connaissons depuis 20 ou 30 ans sont en train de déménager”, regrette cet Afro-américain de 77 ans. “C’est dur d’imaginer à quoi ça va ressembler à l’avenir.”