
Concernant ce territoire autonome sous souveraineté danoise, lorgné par le président américain, l’Union européenne a rappelé lundi qu’elle attendait de ses partenaires le respect de “la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale”, a fortiori lorsqu’il s’agit d’un Etat membre.
Mais les Européens se sont bien gardés de condamner les nouvelles menaces de Donald Trump à l’encontre de ce territoire arctique, dont il juge le contrôle indispensable à la sécurité de son pays.
Idem concernant le Venezuela.
L’Union européenne s’est contentée ce weekend d’une déclaration a minima après la capture du président vénézuélien déchu Nicolas Maduro, accusé de “narcoterrorisme”, et conduit de force aux Etats-Unis pour y être traduit en justice.
Précisant s’exprimer au nom de 26 pays (soit tous les pays membres sauf la Hongrie), la cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas, a appelé dimanche “tous les acteurs à faire preuve de calme et de retenue, afin d’éviter une escalade et de garantir une solution pacifique à la crise”.
L’UE a toujours affirmé que Nicolas Maduro n’avait pas “la légitimité” pour être président, voyant dans sa capture par l’armée américaine une “opportunité vers une transition démocratique”, a rappelé lundi la porte-parole de la Commission européenne.
Loin de condamner ce coup de force, plusieurs dirigeants européens, dont le président français Emmanuel Macron, ont salué la “bonne nouvelle” du départ du “dictateur” vénézuélien, même si Paris a affirmé ne pas approuver la “méthode”.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a, lui, qualifié l’opération de “complexe” sur le plan juridique.
L’Espagne s’est montrée un peu plus offensive, en rejoignant plusieurs pays sud-américains dans leur rejet de toute “tentative de contrôle” du Venezuela.
L’UE reste néanmoins prudente vis-à-vis des Etats-Unis, jugés indispensables pour assurer une paix durable en Ukraine.
Mardi, une réunion des dirigeants des pays alliés de l’Ukraine, regroupés au sein d’une coalition des volontaires, doit avoir lieu pour discuter, entre autres, des indispensables garanties de sécurité à accorder à Kiev en cas d’accord de paix. Or, “sans les Etats-Unis, pas de garantie de sécurité”, résume un responsable européen.
Dans ce contexte, Nicolas Maduro vaut-il le risque d’une remise en cause d’un soutien militaire américain ?, s’interroge un diplomate européen, sous couvert d’anonymat.
“Publier une déclaration vigoureuse pour défendre Maduro n’est pas dans notre intérêt”, a assuré un autre.
Et le Groenland ? La Première ministre danoise Mette Frederiksen a appelé les Etats-Unis à “mettre fin à leur menaces contre un allié historique”.
Mais au-delà des marques de solidarité, à l’image du déplacement en juin au Groenland d’Emmanuel Macron, la marge de manœuvre des Européens est limitée.
“Les Européens sont face à un choix : s’accommoder des ambitions de Washington ou y résister. Et chaque voie comporte des coûts”, expliquent Asli Aydintasbas et Chris Herrmann, chercheurs auprès du Conseil européen des Affaires étrangères (ECFR), un think tank bruxellois.
“Il ne faut pas offusquer l’ogre”, résume de son côté un diplomate européen, jugeant que la seule stratégie consiste à “amadouer” le président américain. “Nous ne pouvons rien faire et Trump le sait”.
“L’une des conséquences d’une action de ce type est un effet de légitimation de la capacité des grandes puissances à remodeler les choses à leur guise dans leur voisinage”, a expliqué de son côté Ian Lesser du groupe de réflexion German Marshall Fund.
“Cela pourrait s’appliquer à Taïwan. Cela pourrait s’appliquer en Ukraine ou en Moldavie”, a-t-il assuré dans un entretien à l’AFP.