
"Je vais une fois de plus répéter ma demande de ne recourir à aucun endettement de l'UE. Nous ne devons pas le faire", a souligné le chancelier Friedrich Merz, au deuxième jour d'un sommet à Bruxelles consacré en partie à ce dossier budgétaire.
Le chef du gouvernement allemand s'oppose ainsi frontalement au président français Emmanuel Macron, qui défend depuis des mois un recours à l'emprunt pour aider à financer le futur budget de l'Europe, ce qui permettrait d'investir davantage dans les secteurs d'avenir.
Une position qu'il a réaffirmée jeudi soir lors d'un entretien diffusé sur la chaîne publique France 2. "Il faut que notre Europe investisse davantage. (...) On a besoin d'un budget beaucoup plus grand pour mettre plus d'argent public", avait plaidé le dirigeant français, citant l'exemple de l'intelligence artificielle (IA).
De quel côté se situe le Luxembourg ? Au centre, a déclaré le Premier ministre Luc Frieden à l'issue du sommet cet après-midi. "Entre ceux qui estiment que le budget est beaucoup trop élevé et ceux qui le jugent beaucoup trop faible, nous nous situons au milieu. Et nous disons que les nouvelles propositions de la présidence chypriote vont dans la bonne direction." Pour le Luxembourg, la bonne direction signifie concrètement "la recherche, l’innovation, les nouvelles technologies, la transition énergétique et la sécurité. Bien sûr, nous savons que nous ne pouvons pas simplement arrêter les autres domaines, les domaines traditionnels du budget de l’UE. De nombreux emplois en dépendent également."
Bruxelles a proposé l'an dernier une enveloppe totale de 2.000 milliards d'euros pour le prochain budget pluriannuel (2028-2034), en forte hausse par rapport au cycle budgétaire actuel.
Ce mois-ci, Chypre, qui exerce la présidence tournante de l'UE, a présenté une première contre-proposition chiffrée au nom des 27 États-membres, prônant seulement une "baisse modeste de 2%" par rapport au projet de la Commission.
Ce premier chiffrage a permis aux dirigeants européens de rentrer dans le vif du sujet.

"Bien sûr, personne n'a trouvé son budget idéal" dans cette première ébauche, "mais c'est une base de négociation solide", a estimé à l'issue du sommet la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, a-t-elle jugé.
En attendant de se mettre d'accord sur les chiffres, les 27 ont approuvé l'architecture générale du budget, profondément remaniée par l'exécutif européen.

Mais en ce qui concerne les dépenses, plusieurs capitales, Berlin en tête, jugent la contre-proposition chypriote trop timorée et appellent à des économies plus franches dans les dépenses envisagées.
"La proposition actuelle, compte tenu de son ampleur, est beaucoup trop élevée", a insisté M. Merz.
L'Allemagne fait partie d'un groupe de pays du Nord de l'Europe surnommés les "frugaux". Ces Etats, qui sont des contributeurs nets au budget européen (ils reçoivent moins d'argent de l'UE qu'ils ne lui en versent), sont partisans d'un projet nettement plus économe.
Parmi eux, l'Autriche se montre la plus virulente. "Les contributeurs nets ne sont pas le distributeur de billets de l'Union européenne", a tonné le chancelier Christian Stocker, dans un entretien au Financial Times.
En face, 17 pays du Sud et de l'Est de l'Europe se sont regroupés dans un bloc surnommé "les amis de la cohésion", pour défendre au contraire un budget plus généreux, au bénéfice des agriculteurs et des aides à la cohésion sociale et territoriale.
Lors d'une réunion jeudi en marge du sommet européen, leurs dirigeants "ont réitéré la conviction partagée que le futur budget de l'Union doit permettre de faire face aux nouveaux défis stratégiques sans pénaliser les politiques prévues par les traités, à commencer par la politique de cohésion, la politique agricole commune et la politique commune de la pêche", a rapporté le gouvernement italien.

Une position qui rejoint celle du Parlement européen, favorable à des dépenses plus élevées. Pour ce faire, les parlementaires proposent de développer les recettes, via par exemple une taxe sur les géants du numérique.
Les 27 prévoient de remettre le couvert sur le projet de budget lors de leur prochain sommet, mi-octobre. Ils devraient à cette occasion se concentrer justement sur la question des recettes, qui conditionne le niveau final des dépenses.
La Commission a proposé l'an dernier de multiples pistes, dont la fiscalité environnementale et les taxes sur le tabac, mais écarté un impôt sur le secteur numérique.
Avec des positions aussi éloignées, les négociations s'annoncent ardues, d'autant plus que Bruxelles espère les conclure avant la fin de l'année, pour éviter qu'elles soient percutées par les élections prévues en 2027 dans plusieurs pays, en particulier en France.