
En mars, le Venezuela, plongé dans une effroyable crise économique, a décidé de confiner sa population pour tenter de freiner la progression du nouveau coronavirus.
Les commerces non-essentiels ont dû fermer et le secteur touristique s’est mis en mode hibernation. Un coup dur pour bon nombre de Vénézuéliens qui travaillent dans le secteur.
En octobre, alors que d’autres pays se mettaient à reconfiner, le gouvernement vénézuélien a décidé la “réouverture” progressive du secteur touristique en continuant d’appliquer un confinement baptisé “7+7". Son fonctionnement est simple: une semaine de confinement “strict” alterne avec une semaine de confinement “assoupli”, où les commerces peuvent rouvrir et les baigneurs sont les bienvenus sur les plages.
Le pays de 30 millions d’habitants a officiellement recensé près de 95.000 cas de coronavirus, dont 800 décès, et le virus continue de circuler. Mais l’opposition et des ONG, dont Human Rights Watch, assurent que ces chiffres sont très en deçà de la réalité.
Sur la plage proche de Caracas où elle vend des snacks, Lisett sourit. Après sept mois de fermeture due au confinement, le Venezuela a “rouvert” le secteur touristique. Pour Lisett, le retour des baigneurs, c’est “tout un monde” qui lui permet de gagner sa vie.
Dans l’eau, quelques baigneurs retrouvent la mer des Caraïbes qui caresse le rivage d’Anare, à environ une heure de voiture de Caracas. Dans l’huile, Lisett Pinto fait cuire des “empanadas”, des chaussons fourrés, qu’elle vend en bordure de plage.
“La réouverture de la plage, c’est tout un monde, c’est le ciel, c’est les étoiles ! Ici, on peut gagner de quoi faire vivre la famille”, s’enthousiasme Lisett, 53 ans.

Pour elle, ses deux filles de 12 et 18 ans et sa petite-fille de six mois, les sept derniers mois ont été très éprouvants. Lisett a fermé boutique et ses maigres revenus se sont effondrés. Pendant ces sept mois, sa situation était à ce point critique qu’elle ne pouvait parfois nourrir sa famille que de riz agrémenté de margarine.
Sa pension d’ancienne infirmière n’atteint pas les 4 dollars par mois. Une misère dans un pays où l’hyperinflation a dépassé les 9.500% l’an dernier.
Pour Lisett, même si ça n’est qu’une semaine sur deux, la réouverture des plages est une bouffée d’oxygène. Dans “un mauvais jour”, elle peut gagner une vingtaine de dollars, dit-elle.

Neomar Romero, ex-vendeur de planches de surf reconverti en pêcheur et vendeur de poissons, entrevoit lui aussi des jours meilleurs. Il tient un stand à Anare, face à la plage, avec sa femme. Avec la réouverture des plages, il gagne environ 300 dollars par semaine. Mais il prévient: “pendant une “bonne” semaine on gagne pas mal d’argent, mais quand vient une semaine où on ne peut pas travailler, il faut tout dépenser”.
“C’est impossible d’épargner”, souffle-t-il, mettant le doigt sur l’un des graves problèmes du Venezuela. Avec la dégringolade du bolivar, la monnaie nationale, et l’hyperinflation qui touche même les prix en dollars, mieux vaut dépenser son argent aujourd’hui, avant qu’il ne vaille plus grand chose demain et pratiquement rien après-demain.
Un sentiment que partage Angelica Perez. Cette institutrice de 37 ans arrondit ses fins de mois en vendant de la nourriture aux baigneurs. En fait, ses revenus sont si faibles qu’un seul plat vendu aux touristes équivaut à un mois de son salaire d’institutrice. Pourtant, pas question d’abandonner sa salle de classe. “J’aime ce que je fais”, rayonne Angelica.
Son amie Roseiny Medina, qui vend des gâteaux artisanaux, approuve. Mais elle espère bien que le retour des baigneurs sera permanent et qu’il ne se fera plus uniquement une semaine sur deux. Parce qu’en ce moment, avec le système de confinement “7+7", “une semaine tu manges, mais pas la semaine suivante”.
Malgré tout, Roseiny est bien d’accord avec les mesures de prévention mises en place pour éviter la propagation du virus. “Il faut se protéger. C’est pas un portefeuille plein qui va te guérir du coronavirus”, raisonne-t-elle.