Saviez-vous que de juin 2023 à mai 2024, à l’échelle mondiale, chaque mois a été le plus chaud depuis le début des relevés ? (Les chiffres utilisés dans cet article vont jusqu’à la mi-2024 !)

Et ce n’est pas tout, cette période d’un an serait, selon le GIEC, la plus chaude que la Terre ait connue depuis au moins 125 000 ans.

Comment est-ce possible ? Il ne fait pourtant pas toujours chaud au Luxembourg !
Mais il est question ici de moyennes à l’échelon mondial. En matière de changement climatique, il faut faire attention à deux choses :
Donc, si une année est particulièrement chaude ou particulièrement froide, on ne peut pas directement parler de changement climatique. Mais si, par exemple, la période 1961-1990 par rapport à la période 1991-2020 était significativement plus froide ou plus chaude et que l’on constate une tendance sur de nombreuses années, c’est qu’il y a changement climatique.
Dans cet épisode de « Ziel mir keng! », nous abordons brièvement les tendances mondiales pour analyser plus en détail certains effets physiques mesurables du changement climatique au Luxembourg.
Que pensez-vous ? Est-ce qu’il fait aujourd’hui plus chaud au Luxembourg qu’à l’époque préindustrielle ? Est-ce qu’il y pleut davantage ? Est-ce qu’il y a plus de sécheresses ?
Infobox : Dans cet épisode de « Ziel mir keng! », nous avons examiné de près le changement climatique avec l’aide d’Andrew Ferrone du Ministère de l’Environnement.

En effet, la communauté scientifique s’accorde largement à dire que l’homme est responsable du changement climatique que nous connaissons aujourd’hui. Une étude a montré que, dans plus de 99 % des publications sur le changement climatique parues dans des revues à comité de lecture depuis 2012, les scientifiques s’accordent à dire que le changement climatique est lié aux activités humaines.
Les procédés physiques qui expliquent comment le dioxyde de carbone et les autres gaz à effet de serre réchauffent le climat sont connus depuis longtemps et peuvent entre-temps être modélisés de façon relativement précise. Et depuis l’industrialisation, l’être humain a rejeté de grandes quantités de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Les niveaux actuels de dioxyde de carbone n’ont pas été atteints depuis au moins 2 millions d’années.

Voici d’ailleurs une modélisation du GIEC qui montre comment les températures mondiales auraient évolué sans l’intervention de l’homme :

Même si les températures augmentent de façon continue à l’échelon mondial, il existe des différences régionales. Dans certaines régions, les températures sont supérieures à la moyenne, alors que, dans d’autres, elles y sont inférieures.
De plus, la température à la surface des continents, par exemple, augmente plus que celle à la surface des océans.
Analysons à présent les températures au Luxembourg. Est-ce qu’elles ont augmenté ?
Effectivement. Ce graphique montre qu’au cours des différents cycles de trente ans, les températures ont augmenté de façon continue. Au Luxembourg, le cycle 1990-2020 a été plus chaud de 1,6 °C que le cycle 1860-1890.

À titre de comparaison : au niveau mondial, les températures ont augmenté de 1,1 °C à la même période. Si l’on ne tient compte que du réchauffement à la surface des continents, ce dernier s’élève aussi à 1,6 °C. Le réchauffement au Luxembourg est donc pratiquement identique au réchauffement global à la surface des continents.
En outre, au Luxembourg, les dix années les plus chaudes depuis le début des relevés ont toutes été enregistrées au cours de la période 2003-2023 (les chiffres utilisés dans cet article vont jusqu’à la mi-2024 !).
Comparons à présent le nombre de journées ou de nuits où il a fait extrêmement chaud.
Au cours de la période 1991-2020, par rapport aux trente années précédentes, le nombre de jours de chaleur, c’est-à-dire de jours où la température maximale dépasse les 30 °C, est passé de 2,8 à 9,7 par an. Il a donc plus que triplé.
Le nombre de jours qualifiés de « jours d’été » et de nuits qualifiées de « chaudes » a pratiquement doublé.

Ce n’est peut-être pas une si mauvaise chose si les températures augmentent ici au Luxembourg ?
Malheureusement, ce phénomène a aussi des conséquences négatives.
Quel est par exemple l’impact du réchauffement au Luxembourg sur les pluies intenses ?
Si nous comparons les mêmes périodes, le nombre de jours marqués par des pluies intenses a nettement augmenté en hiver comme en été : +5 jours pour les deux saisons.

La relation entre des températures globales plus élevées et une augmentation des pluies intenses s’explique par la physique. Quand la température de l’air augmente de un degré, sa capacité à stocker de l’eau sous la forme de vapeur augmente de 7 %. Les physiciens Emile Clapeyron et Rudolf Clausius l’ont déjà démontré au XIXe siècle.
Par ailleurs, plus il fait chaud, plus l’évaporation à la surface des océans est grande.
Le changement climatique augmente donc la probabilité d’épisodes de pluies intenses et, malheureusement, aussi le risque d’inondations.
Mais ici aussi, les inondations ne sont pas un phénomène nouveau. Il est vrai qu’elles sont en partie dues à l’imperméabilisation des surfaces, mais elles sont aussi causées par des épisodes de pluies intenses. Toutes les inondations ne peuvent pas être attribuées au changement climatique. Mais la probabilité augmente et les épisodes de pluies intenses se multiplient.
Qu’en est-il des sécheresses ?
Il est intéressant de constater que, si l’on compare les mêmes périodes, le Luxembourg a aussi connu plus de sécheresses.
Les sécheresses sont plus difficiles à mesurer que les pluies intenses, car il faut tenir compte de divers facteurs, tels que les précipitations sur une longue période, l’humidité du sol ou la durée d’ensoleillement. Les chercheurs utilisent un indice de sécheresse.

Plus cet indice augmente, plus il y a d’épisodes de sécheresses. Pendant la période 1961-1990, les sécheresses ne concernaient pratiquement que les mois de juin et de juillet, mais au cours des trente années suivantes, elles ont eu lieu tous les mois, sauf en janvier et décembre, où le risque reste très faible.
Nos agriculteurs, horticulteurs et jardiniers amateurs connaissent bien le problème.
L’indice de sécheresse est d’ailleurs un indice de probabilité. Il indique la probabilité – ou, dans d’autres termes, la fréquence – d’occurrence de sécheresses. Cette probabilité n’a jamais été nulle. Mais elle augmente nettement pour l’instant.
Et qu’en est-il dans l’ensemble du volume des précipitations ici au Luxembourg ?
La moyenne des volumes de précipitations est restée à peu près constante au fil des ans.

Mais on constate tout de même que les saisons changent.
Nos hivers sont considérablement plus pluvieux. De 1990 à 2020, les précipitations ont augmenté de 19 litres par mètre carré par rapport à la période 1960-1990. Et nos printemps sont considérablement plus secs, avec une baisse de 26 litres par mètre carré.
Pour l’été et l’automne, aucune différence significative n’a été observée.
Pour terminer, penchons-nous sur le nombre de jours d’enneigement.
Pendant la période 1961-1990, on comptait en moyenne 41,4 jours d’enneigement par an avec au moins 1 cm de neige, contre seulement 25 jours pendant les trente années qui ont suivi (source : Meteolux). Il neige donc nettement moins.
· Oui, les températures grimpent au Luxembourg, la hausse ayant atteint 1,6 °C par rapport à l’ère préindustrielle.
· Oui, le nombre de journées et de nuits qualifiées de chaudes, d’estivales ou de tropiques augmente également.
· Non, le volume de précipitations n’a guère évolué en moyenne, mais ce qui a changé, c’est que les phénomènes extrêmes se sont multipliés : d’une part, il y a plus d’épisodes de pluies intenses et, d’autre part, les sécheresses sont plus fréquentes.
· Et oui, il neige moins.
Nous n’avons abordé ici que quelques effets physiques mesurables du changement climatique au Luxembourg. Mais le changement climatique a bien entendu aussi un impact sur l’agriculture, la biodiversité, notre bien-être et notre vivre ensemble... Nous en parlerons dans un prochain épisode !

In this episode, we have only talked about the measurable physical effects of climate change in Luxembourg. But climate change naturally also has an impact on agriculture, biodiversity, our well-being, and social cohesion. But that’s for another episode!
“Ziel mir keng!” est diffusé le dimanche soir sur RTL Tëlee après le “Wëssensmagazin Pisa”. Il s’agit d’une collaboration entre RTL et le Luxembourg National Research Fund. Vous pouvez aussi visionner les épisodes sur RTL Play.
Auteur : Jean-Paul Bertemes (FNR) Édition : Michèle Weber (FNR) Présentation : Jean-Paul Bertemes, Michèle Weber (FNR) Vérification par les pairs et conseils : Andrew Ferrone (Ministère de l’Environnement ; au moment de la préparation de l’article : ASTA) Données et graphiques : ASTA/Andrew Ferrone; Meteolux/Luca Mathias