Gestion de criseLa drôle de stratégie suédoise

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La Suède a choisi une approche très originale en Europe, en ne confinant pas sa population. Une méthode qui suscite une vive controverse nationale et internationale.
© FREDRIK SANDBERG / TT NEWS AGENCY / AFP

Alors que le reste de la Scandinavie est confiné, la Suède fait bande à part. Les autorités sanitaires ont appelé chacun à la “responsabilité": distanciation sociale, application stricte des règles d’hygiène, isolement en cas de symptômes...La manière dont la Suède gère la crise sanitaire liée au nouveau coronavirus, moins contraignante que la plupart des pays européens, soulève des questions critiques mais le gouvernement rejette tout procès en passivité malgré des signes inquiétants.

Le résultat est en effet mitigé: dimanche, le pays comptait 6.830 cas et 430 morts, contre 3.700 cas et 110 morts une semaine auparavant. Et comme dans de nombreux autres endroits, ces chiffres sont très probablement sous-évalués, car seules les patients hospitalisés et les personnels soignants sont testés. “Non, on ne fait pas comme si de rien n’était en Suède”, s’est défendue la ministre de la Santé Lena Hallengren, lors d’une réunion avec la presse internationale jeudi à Stockholm.

Les autorités suédoises ont été accusées ces dernières semaines, tant au niveau international que national, de mettre en danger la vie des citoyens faute de mesures assez strictes pour endiguer la pandémie.

En Suède, le confinement de la population n’est pas d’actualité. Le gouvernement appelle chacun à “prendre [ses] responsabilités” et à suivre les recommandations des autorités sanitaires.

Mais, souligne Lena Hallengren, le pays a tout de même introduit une série de mesures --non-contraignantes-- et est prêt à en faire davantage si nécessaire.

Les personnes âgées de plus de 70 ans et celles jugées “à risque” sont aujourd’hui encouragées à rester chez elles, et les lycées et universités, fermés depuis mi-mars, sont incités à proposer des cours à distance.

Des aides économiques visent à réduire le coût des arrêts maladie, le télétravail est encouragé et les autorités ont recommandé à plusieurs reprises aux personnes présentant des symptômes du virus de s’isoler.

Parmi les mesures les plus strictes jusqu’à présent figurent l’interdiction des rassemblements de plus de 50 personnes et celle des visites dans les maisons de retraite.

“ROULETTE RUSSE”

Chacun est responsable de son propre bien-être, de celui de ses voisins et de sa propre communauté locale. Cela s’applique en temps normal comme en temps de crise”, explique de son côté la ministre des Affaires étrangères, Ann Linde.

A ce stade, l’approche semble avoir trouvé un écho auprès des électeurs. Selon un sondage publié en début de semaine par le cabinet Novus, la confiance des Suédois à l’égard du gouvernement a sensiblement augmenté en mars: 44% des personnes interrogées disaient avoir confiance dans le Premier ministre social-démocrate Stefan Löfven, contre 26% en février.

Cependant, tous ne défendent pas l’approche adoptée.

Marcus Carlsson, mathématicien à l’université de Lund (sud), a accusé le pays de jouer à la “roulette russe avec la population suédoise”, dans une vidéo publiée sur YouTube.

Une étude publiée fin mars dans la revue médicale britannique The Lancet indique que “la lenteur initiale de réaction de pays comme le Royaume-Uni, les Etats-Unis et la Suède apparaît maintenant comme étant de plus en plus malvenue”.

La radio publique suédoise a révélé jeudi qu’un tiers des communes du pays comptaient des cas suspects ou confirmés de coronavirus dans leurs maisons de retraite.

Plus tôt cette semaine, l’épidémiologiste Anders Tegnell avait déclaré que si la Suède avait observé une courbe des contaminations relativement plate jusqu’alors, celle-ci commençait à s’accentuer, alors même que les services de santé font état d’un manque d’équipement et de personnel.

Signe d’une mobilisation accrue, un hôpital de campagne a ouvert à Stockholm ce week-end pour accueillir des patients.

CONFIANCE

La cheffe de la diplomatie suédoise, Ann Linde reconnaît avoir dû répondre aux questions répétées de ses homologues étrangers sur l’attitude de la Suède face au virus, ajoutant que cela était en partie dû à la désinformation.

Mais elle rejette l’idée d’une “stratégie suédoise”, affirmant que le gouvernement avait “le même objectif que tous les autres” dans sa lutte contre le coronavirus.

Selon Mme Linde, la position suédoise se base en grande partie sur la confiance: celle de sa population à l’égard des pouvoirs publics qui se fient eux-mêmes aux autorités compétentes. “Les politiques et les autorités font également confiance aux gens afin qu’ils prennent leurs responsabilités”, explique la ministre.

La vice-première ministre Isabella Lövin a également déclaré que toute mesure prise devait être tenable dans la durée. “C’est un marathon, pas un sprint”, a-t-elle rappelé.

Dans une tribune parue la semaine dernière, 14 scientifiques se sont toutefois interrogés sur l’insistance du pays à suivre cette ligne quand la Grande-Bretagne est, elle, rentrée dans le rang en renonçant à l’approche souple qu’elle avait aussi adoptée initialement.

Enfin, le roi de Suède Carl XVI Gustaf a appelé dimanche ses sujets à ne pas organiser de réunions de famille à Pâques, soulignant que “cela ne va pas être possible” en pleine pandémie de coronavirus.

La semaine sainte (...) est un moment où l’on aime voyager et peut-être s’entourer de sa famille et ses amis. Beaucoup vont à l’église”, a affirmé le souverain dans un discours télévisé dimanche soir.

Mais une partie de cela ne va pas être possible à Pâques cette année. Il faut que nous l’acceptions. Nous devons y réfléchir à deux fois, nous préparer à rester à la maison

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