Témoignage d'un médecin mosellan"Il y a une grosse tension à l'hôpital mais on fait face"

Maurice Fick
Mosellane, Stéphanie Fey-Dosda fait face au coronavirus en tant que médecin-urgentiste à l'hôpital de Chambéry en Savoie. C'est le département le plus touché en France. Entre deux gardes, elle témoigne.
Le Dr Stéphanie Fey Dosda se dit, malgré la charge de travail,
Le Dr Stéphanie Fey Dosda se dit, malgré la charge de travail,

Au Luxembourg, le taux d’incidence est de 659 cas pour 100.000 habitants sur les sept derniers jours pris en compte (du 2 au 8 novembre), indique ce mercredi soir la nouvelle rétrospective du ministère de la Santé. Avec 1.167 cas positifs pour 100.000 habitants, la Savoie présente une incidence du coronavirus 2,5 fois plus élevée que la moyenne en France.

La deuxième vague n’a pas encore atteint son pic, 448 malades y sont hospitalisés pour covid, contre 127 au plus fort de la première vague. Et 127 morts sont déjà à déplorer à l’hôpital contre 68 au printemps.

Avec cette deuxième vague, je comprends ce que le Grand Est a vécudurant la première vague, car nous sommes touchés de la même manière maintenant”, pose d’emblée le Dr Fey-Dosda, originaire de Moselle et médecin-urgentiste au Centre hospitalier métropole Savoie (CHMS) depuis treize ans.

Le Dr Stéphanie Fey Dosda se dit, malgré la charge de travail,
Le Dr Stéphanie Fey Dosda se dit, malgré la charge de travail,

Vécue de l’intérieur, “la situation est tendue mais on fait face pour que tout le monde soit soigné”, assure le médecin qui est aussi opérationnel pour le Samu 73. Et il prévient d’emblée: “Nous ne sommes pas encore à saturation complète mais si ça continue ce sera très compliqué. Il faut absolument que les gens respectent les gestes barrières et le confinement”, répètera-t-elle à trois reprises. Elle voit quotidiennement à quel point la maladie peut rapidement prendre des formes graves.

Ce ne sont pas que les urgences mais tout l’hôpital qui est mobilisé en cette période critique pour faire face à la pandémie. Alors que normalement “nous disposons de 18 lits en réanimation, nous sommes montés à une capacité de 41 lits, c’est énorme”, explique notre témoin de première ligne, tout juste sortie d’une nuit de garde.

L’un des grands soucis, reste la gestion des ressources humaines car “beaucoup de personnels sont touchés par le covid-19 et en arrêt de travail. C’est compliqué car il faut trouver du personnel médical et soignant en interne”.

UN AFFLUX BRUTAL ET INEXPLIQUÉ

Le centre hospitalier métropole Savoie qui soigne actuellement 230 patients s’organise et s’adapte (déprogrammation en chirurgie non urgente, notamment) avec tous ses services mais aussi les autres hôpitaux autour de Chambéry pour prendre en charge les cas covid. Ces derniers jours plusieurs transferts ont déjà été opérés de Chambéry versNancy et Nantes.

Malgré la grosse charge de travail, Stéphanie Fey-Dosda dit “mieux vivre la situation que lors de la première vague car aujourd’hui nous avons du recul sur la maladie et nous savons mieux la soigner. Ce n’est plus l’inconnu comme en mars”.

Quant à l’afflux brutal de malades dans les hôpitaux savoyards, il reste inexpliqué pour l’heure. Les infectiologues avancent un faisceau d’indices dont un “effet région” car le virus circule fort en Auvergne-Rhône-Alpes. Le département est aussi proche du canton de Genève où le taux d’incidence atteint plus de 2.000 cas pour 100.000 habitants. D’ailleurs, la Haute-

Savoie, directement limitrophe de la Suisse, talonne la Savoie en haut du classement (1.146 cas pour 100.000 habitants).

Le Dr Fey-Dosda n’a pas la solution mais constate de son côté que “l’effet du couvre-feu s’est fait sentir à Lyon et Grenoble mais il n’a eu lieu à Chambéry, ni Avoriaz durant les vacances scolaires de la Toussaint. Du coup, nous avons connu une hausse”.

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