
Le travail d'Abrigado, l'institution d’aide aux personnes souffrant de toxicomanie au Luxembourg, ce n'est pas seulement ce qui se déroule à l'extérieur. À l'intérieur, toute une panoplie de méthodes serait appliquée pour aider les personnes ayant de graves problèmes de drogue. La chargée de direction d'Abrigado, Claudia Allar, était sur l'antenne de RTL jeudi matin. Elle a souligné à quel point il était important de faire connaître l'éventail de l'assistance en matière de drogue afin de créer une plus grande acceptation parmi la population.
Lors de la pandémie, la réaction a été rapide et un programme en faveur de la substitution a été mis en place. Claudia Allar a rappelé que les toxicomanes étaient alors dans une situation très grave, car, à cause de la fermeture des frontières, il y avait beaucoup moins voire plus du tout de stupéfiants sur le marché. Il y avait aussi un manque de nourriture, car de nombreuses structures d'assistance ont soudain fermé leurs portes. Si des mesures n'avaient pas été prises rapidement, certaines personnes seraient pratiquement mortes de faim.
La responsable d'Abrigado espère que la volonté politique restera aussi grande qu'elle l'était dans l'état d'urgence suscité par la pandémie. Des projets ont pu être mis en oeuvre rapidement et de manière ciblée, ce qui est aussi important en-dehors des crises dans l'aide aux toxicomanes.
L'Abrigado communiquerait de manière transparente sur son fonctionnement, elle aurait ainsi le sentiment d'avoir l'oreille des responsables politiques. Par exemple, les infirmiers du foyer de nuit ont signalé que les médicaments de substitution devraient aussi y être proposés, car une personne qui dort à l'asile de nuit et qui reçoit un médicament directement le matin, commence ainsi beaucoup mieux la journée. Cette mesure a également pu être rapidement mise en oeuvre.
Une nouvelle institution pour femmes va être créée. Bien qu'il y ait plus d'hommes que de femmes qui fréquentent l'Abrigado et son asile de nuit, il est important de créer une offre destinée aux femmes. Les détails du projet ne pourraient pas encore être divulgués, mais il est indispensable que les femmes qui doivent se protéger de la violence et qui ont un problème de dépendance, puissent être accueillies et encadrées.
Les acteurs sur le terrain remarqueraient en effet que violence et addiction sont souvent corrélées, mais il y aurait actuellement trop peu de structures d'urgence pour accueillir les femmes qui ont un problème de dépendance. Ce sera la fonction de l'institution pour femmes, où plusieurs services seront centralisés.
Les personnes qui sollicitent l'aide d'Abrigado à Luxembourg-Ville, consomment déjà depuis de nombreuses années, sont passées à travers toutes les mailles du filet et et n'ont pu être récupérées par aucune structure sociale. Ce serait aussi le cas à l'international, dans d'autres capitales. Une première étape serait de stabiliser ces gens avec des solutions d'assistance individuelles. Ensuite il serait important que la personne ne soit pas laissée livrée à elle-même et qu'il y ait d'autres programmes adaptés en matière d'emploi et de logement.
C'est pour cette raison qu'il faudrait également des opportunités d'emploi et de logement au niveau régional, notamment aussi pour sortir les toxicomanes de "la scène de la drogue" de la capitale et les recadrer dans un environnement familier et structuré.
La population n'aurait pas à s'inquiéter que des structures comme l'Abrigado avec un espace de consommation de drogue soient construites dans tout le pays et dans leur voisinage, selon la directrice de l'Abrigado, ce ne serait pas du tout nécessaire. Au niveau régional, il faudrait bien plus, en matière d'aide aux toxicomanes, travailler avec des gens qui sont encore ou qui sont à nouveau plus stables. La prévention et le suivi pourraient être plus réussis dans de petites structures.
La consommation de drogue est inhérente à chaque société, selon Claudia Allar, ce que l'on peut également voir dans tout le pays à travers l'analyse des eaux usées. La question est de savoir comment y faire face.