
A peine dévoilée, l'enquête OpenLux qui révèle les sommes astronomiques cachées au Luxembourg, parfois de sources douteuses, a provoqué une vague de réactions au Luxembourg. Le gouvernement a très vite assuré que le pays respecte "toutes les règles et normes européennes et internationales applicables en matière de transparence fiscale, de lutte contre les abus fiscaux et de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme".
Dans la foulée de son collègue Pierre Gramegna, ministre des Finances, qui a expliqué dans le journal télévisé de RTL que les gens ne viennent pas au Luxembourg à cause de la fiscalité, la ministre de la Justice a enfoncé le clou. Sam Tanson a expliqué ce mardi au micro de RTL Radio que dans le paysage de la concurrence fiscale (chaque pays fixe son propre taux d'imposition), "si on regarde la moyenne des taux, le Luxembourg ne se trouve pas sous la moyenne de l'Union européenne pour l'imposition des sociétés mais au-dessus".
Elle a d'abord insisté sur le changement de paradigme qui s'est opéré au cours des dernières années sur la Place financière. Les fameux rulings fiscaux révélés par le Luxleaks en 2014 ont été abolis, l'échange d'informations a été mis en place et le Registre des bénéficiaires effectifs (RBE) est accessible à tous et gratuitement. Ce RBE c'est "un peu le summum de tout ça", résume Sam Tanson.
Les recherches menées par le consortium de 17 médias a permis de repérer des personnes suspectées d'avoir des connexions criminelles. "Nous devons tout faire pour éviter cela même s'il peut arriver que quelque chose passe à travers le filet malgré tous les mécanismes de contrôle", estime la ministre.
Comme les ministères ont répondu à une flopée de questions des journalistes d'OpenLux "depuis fin décembre", ils ont pu réagir à certaines révélations. Sam Tanson indique que "la semaine dernière, nous avons effectivement reçu une liste d'une douzaine de personnes avec un passé plus ou moins lugubre" figurant au RBE. Cette liste et tous les noms ont "directement été transmis à la Cellule de renseignement financier (CRF)", révèle Sam Tanson. La ministre de la Justice assure que "chacun des cas qui émergera fera l'objet d'un suivi".

La CRF, formée entre autres d'une trentaine de magistrats et d'analystes financiers, est chargée de la lutte contre le blanchiment de fonds et le financement du terrorisme. C'est la première instance avertie lorsqu'un professionnel tilte sur les activités douteuses d'une personne qui veut ouvrir un compte, créer une société ou signer un acte de vente au Luxembourg.
D'après Le Monde, un des contributeurs à l'enquête Openlux, "55.000 sociétés offshore" sans bureau, ni salarié, gèrent des actifs "dont la valeur atteint au moins 6.500 milliards d’euros" au Grand-Duché, soit plus de cent fois son produit intérieur brut de 2019.
La principale accusation d'OpenLux à l'égard du Luxembourg est qu'un petit pays ne peut pas contrôler correctement l'énorme quantité de transactions financières qui s'y déroulent. Raison pour laquelle "nous devons, à tous les niveaux et pour tous les intervenants qui font partie de cette chaîne, nous donner tous les moyens pour mener des contrôles et ne pas devoir faire face au reproche selon lequel nous tolérons certaines pratiques du fait de l'absence de contrôles", pose Sam Tanson.
Font partie de la chaîne les avocats, notaires, experts-comptables, les fiduciaires et les banques qui sont les "gatekeepers" chargés de faire les vérifications premières et qui doivent signaler les problèmes. Sam Tanson fait savoir qu'il existe "une très forte évolution vers le haut en ce qui concerne les déclarations de soupçon".
En 2020, les avocats luxembourgeois "ont fait 120 déclarations de soupçon" à la CRF, ce qui fait "en chiffres absolus plus que les déclarations réalisées par les avocats français". Même chez les notaires "ce chiffre a extrêmement grimpé", a soufflé la ministre sans révéler de chiffres.
Son objectif est de renforcer les mécanismes de contrôles pour qu'ils deviennent aussi efficients que possible et éviter que des "moutons noirs" ne se posent sur la petite prairie du Grand-Duché.