
C'est là qu'entrent en jeu le Docteur Thorsten Schwark et ses collègues.
"L'autopsie judiciaire consiste à déterminer la cause du décès, le mode de décès, l'heure du décès et, dans certaines circonstances, l'identité d'une personne décédée. Beaucoup de ces choses ne peuvent être connues que par une autopsie. Si vous procédez uniquement à l'examen externe d'une personne décédée, vous ne pouvez souvent pas tirer de conclusions sur la cause possible du décès, car les maladies internes ne sont pas reconnaissables de l'extérieur.Il en va de même pour un empoisonnement", explique le Docteur Schwark.
Les médecins légistes pratiquent une centaine d'autopsies par an. Le Luxembourg a un taux d'autopsies d'environ 2%, similaire à la Belgique et à l'Allemagne.
L'ampleur du chiffre officieux des décès non naturels non détectés ne peut être qu'estimée. Une estimation est fournie par une étude allemande plus ancienne, qui suscite des inquiétudes, comme l'explique le Docteur Schwark: "A l'époque, on supposait pour l'Allemagne que 10.000 décès n'étaient pas correctement classifiés, c'est-à-dire qu'un décès naturel était certifié au lieu d'un décès non naturel. Dont près de 1.200 homicides. Il est bien sûr difficile d'extrapoler ces chiffres au Luxembourg, mais ce que cette étude a essentiellement montré, c'est qu'il fallait s'attendre à des chiffres inquiétants d'homicides non détectés, du moins en Allemagne à la fin des années 1990."
Au Luxembourg, le certificat de décès pose problème en raison d'une case qui y figure: "mort non suspecte et impossibilité d'établir la ou les causes de décès".

Mais comment savoir que le décès n'est pas suspect, si la cause du décès n'est pas claire?
Si cette case est cochée par le médecin qui constate le décès, la police et les légistes n'interviendront même pas. Le cadavre pourra être incinéré et toute trace aura disparu. Thorsten Schwark plaide donc pour un deuxième examen du corps avant l'incinération des morts. De cette façon, une mort non naturelle pourrait encore être décelée.
Dans ce contexte, ce qui est aussi important, c'est la routine dans l'examen du corps. Un médecin ne la pas nécessairement s'il ne doit le faire qu'une à deux fois par an. Ce qui serait pourtant le cas pour de nombreux médecins généralistes, qui ne sont pas confrontés à des cadavres au quotidien. C'est pourquoi les médecins légistes proposent une formation ciblée aux services de secours et aux généralistes, qui sont souvent les premiers sur les lieux d'un décès et doivent remplir le certificat de décès.
Les personnes décédées qui ne peuvent pas être immédiatement identifiées, restent en médecine légale jusqu'à ce que toutes les données possibles aient été collectées, de l'état des dents à l'ADN en passant par les empreintes digitales. Celles-ci incluent également des indices particuliers, tels que des tatouages ou des prothèses. Mais avec une analyse des isotopes, il est même possible de déterminer dans quelle région a séjourné la personne défunte. Grâce à l'ADN, vous pouvez également obtenir des indices sur la couleur de la peau, des yeux et des cheveux de la personne. Des indices sur la région géographique d'où est originaire une personne peuvent même être lus à partir des gènes.
Au sein de l'Union européenne, tout cela est réglementé différemment en fonction des pays. La protection des données freine souvent la science. Si malgré tous ces efforts, un corps ne peut pas être identifié, le parquet le libère à un moment donné et il peut alors être inhumé.
Le reportage de RTL en luxembourgeois et en allemand: