Début du procès à LuxembourgUn homme de 35 ans suspecté d'avoir étranglé son père

Anne Wolff
Un homme de 35 ans comparaît depuis ce mardi devant le tribunal de Luxembourg pour avoir étranglé son père le 25 décembre 2022 à Esch-sur-Alzette.
© Anne Wolff

L’accusé a reconnu mardi matin être responsable de la mort de son père, âgé de 71 ans, alors qu’il était interrogé sur son identité et son parcours de vie. Il s’est dit désolé et il a affirmé ne pas avoir voulu tuer son père. Au cours de la dispute, il lui a porté un étranglement pour qu’il se calme, d’après l’accusé.

Cause de la mort: étranglement, selon la médecine légale

L’expertise de médecine légale a retenu un étranglement comme cause du décès. La médecin légiste a décrit que la victime présentait un gros caillot dans la tête, ainsi que des signes d’hémorragie sur le visage, derrière les oreilles et dans les muscles du cou. L’os hyoïde et le squelette laryngé étaient brisés. Pour que quelqu’un meure par étranglement, il faut serrer le cou de la victime avec son avant-bras pendant 2 à 3 minutes. La victime souffrant de problèmes au coeur et aux poumons, cette durée a pu être réduite.

Plusieurs séjours en détention

La juge a reproché à l’accusé sa biographie. A 17 ans, il a une première fois été détenu au Centre socio-éducatif de Dreiborn et par la suite, il a passé au total une dizaine d’années en prison. L’accusé a affirmé qu’il était sur la bonne voie après son dernier séjour en prison.

Cela a été en partie réfuté par les déclarations des experts psychiatrique et psychologique. L’homme s’était déjà fait remarquer pour des problèmes comportementaux dans son enfance et sa jeunesse. Adolescent, il séchait régulièrement les cours, buvait de l’alcool et il a une fois été à l’école avec une carabine à air comprimé. Ensuite l’accusé avait atterri à Dreiborn, il y avait commencé deux formations, mais n’en avait terminé aucune.

A cette époque, l’adolescent avait eu un premier contact avec le cannabis. Il consommait déjà de l’alcool auparavant. Après sa sortie de Dreiborn, l’accusé avait fini à la prison de Schrassig à cause de bagarres, d’une agression et pour avoir roulé sans permis. Là, il avait fait connaissance avec la cocaïne et l’héroïne. Au moment des faits, l’accusé consommait de la méthadone dans le cadre d’une thérapie de remplacement.

Une relation compliquée entre le père et le fils

Le psychiatre a souligné que l’accusé avait une personnalité asociale et était impulsif, mais que cela n’affectait pas son discernement ni son contrôle sur lui-même. Il avait une relation plus difficile avec le père: l’accusé a affirmé à l’expert qu’il avait mal supporté la mort de sa mère à l’été 2022.

Il avait une relation étroite avec sa mère, mais son père était plus critique. Dans ce contexte, le psychologue a parlé d’une “situation œdipienne”, une phase que, selon la psychanalyse classique, traversent tous les enfants dans leur relation au père, dans laquelle ils perçoivent le père comme une figure ennemie, tandis qu’ils idéalisent la mère.

Police: l’acte était-il prémédité?

Les enquêteurs ont expliqué qu’ils avaient été appelés par le Samu au domicile de la victime à Esch-sur-Alzette le 26 décembre 2022, le lendemain des faits. A leur arrivée, le fils et sa compagne étaient sur les lieux et le futur accusé pleurait, mais la situation leur avait semblé bizarre. Ils avaient pensé à un cambriolage qui aurait mal tourné, car il y avait un certain désordre dans l’appartement, mais le portefeuille de la victime était toujours auprès d’elle.

Plus tard, le fils de la victime et sa compagne avaient été mis sur écoute et leurs SMS avaient également été analysés. Un agent de la police judiciaire a affirmé qu’ils étaient tombés sur des SMS de novembre 2022, donc un mois avant les faits. L’homme y discutait avec son amie sur le fait qu’il fallait trouver une solution pour le père. “C’est la seule chose que je puisse faire”, avait-il écrit à sa compagne, sans que le “ce” soit précisé.

Il s’était également informé sur internet des sanctions pénales. En janvier, sa petite amie avait cherché sur Google comment la police résolvait les meurtres. L’accusé avait finalement été arrêté en mars 2023 dans un hôtel à Belval. Il avait reconnu les faits devant le juge d’instruction. Comme mobile, il avait évoqué une remarque négative sur sa mère que la victime aurait faite. “En soi, je voulais juste le calmer”, avait déclaré l’homme de 35 ans.

Au cours de l’enquête, il y a également eu des déclarations selon lesquelles l’homme aurait pu avoir été agressé sexuellement par son père lorsqu’il était enfant. Mais seul l’accusé lui-même pourrait répondre à cette question.

Les faits n’étaient pas prémédités, selon la défense

L’avocat de l’accusé, Maître Christian Biewer, a affirmé après l’audience du jour que l’acte n’avait pas été prémédité, que c’était le résultat d’une dispute. Son client était aussi formel sur un autre point: l’étranglement n’avait pas duré 2 à 3 minutes.

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