Jean-Claude Juncker"Sur le long terme, les Européens ne sont pas capables de se défendre seuls"

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Dans une interview accordée à RTL, l'ancien ministre d'État et président de la Commission européenne évoque les relations entre l'Union européenne et les États-Unis dans le contexte de la guerre en Ukraine.
© Jeannot Ries / RTL

Donald Trump, qui qualifie le président ukrainien de dictateur, qui exige des réparations de l’Ukraine avec de faux chiffres, et qui reprend le discours du président russe Vladimir Poutine. Jean-Claude Juncker réagit avec étonnement et une bonne part de colère:

“Exiger de l’Ukraine qu’elle paie finalement l’utilisation d’armes reçues des Américains, alors que ce pays devra être reconstruit et aura besoin de tout l’argent pour ses propres besoins, cela va un peu loin. Et c’est aussi une certaine forme de manque de respect envers le peuple ukrainien.”

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En une nuit à Washington, Macron et Trump n’ont pas pu régler toutes les différences entre l’Europe et les États-Unis. Le président français semble toutefois avoir rapproché un peu les Européens de la table des négociations.

“Qu’au stade final, là où la solution est trouvée, ça se passe sans les Ukrainiens et aussi sans l’Union européenne, c’est aussi une méconnaissance des équilibres géostratégiques qu’il faut créer sur le continent européen.”

Il serait trop tôt pour intégrer l’Ukraine au sein de l’OTAN alors que la guerre est en cours. Plus tard, Jean-Claude Juncker ne l’exclut pas.

“Les États-Unis et la Russie ont toujours tenté d’apporter la division entre les différents États membres de l’UE”

En ce qui concerne l’Union européenne, l’ancien président de la Commission réfute le reproche qu’elle ait été trop passive au cours des dix dernières années:

“Poutine estime simplement que l’Ukraine n’a pas droit à une existence autonome. Et il n’a aucun respect pour les vieilles règles européennes, qui veulent que l’ordre territorial et l’inviolabilité des territoires, soient respectés. Je le connais un peu, Poutine, Trump aussi d’ailleurs. Les deux – la Russie et l’Amérique – ont toujours veillé à ce que l’Union européenne ne s’imagine pas être une entité à part entière. Mais ils ont toujours tenté d’apporter la division entre les différents États membres de l’Union européenne”.

“Trump dit des choses qui ont été dites par de nombreux présidents américains”

De Washington à Munich, les Américains ont attaqué frontalement et verbalement les Européens ces dernières semaines. La coopération transatlantique est-elle rompue?

“Trump dit des choses - notamment que les Européens devraient apporter une plus grande contribution à leur propre défense - qui ont été dites par de nombreux présidents américains. Le premier qui nous a objecté cela, fut le président Clinton. C’était en 1995. Cela fait longtemps. Il ne s’agit donc pas de nouvelles positions américaines. Mais la façon dont Trump s’articule, d’une manière irrespectueuse, est en fin de compte totalement nouvelle.”

Au-delà de la forme, Donald Trump montre qu’il n’accorde pas beaucoup de valeur à l’opinion des Européens.

Qu’impliquent les tensions des dernières semaines pour l’OTAN?

Pour découvrir ce qu’impliquent les tensions des dernières semaines pour l’OTAN, il faudra attendre le prochain sommet de l’OTAN cet été, selon Jean-Claude Juncker.

“J’ai assisté à plusieurs sommets de l’OTAN où Trump était également présent. Il s’exprime relativement franchement, un peu plus aimablement que lorsqu’il est seul. Il ne cache pas ses véritables intentions.”

Pour sa part, Jean-Claude Juncker ne croit pas à un accord de paix rapide.

“Je considère plutôt, même si cela ne me plaît pas, qu’il y aura une trêve. Mais s’il s’agit simplement d’une trêve qui peut être interrompue à tout moment, sans aucune garantie quant au maintien de la trêve, si on en arrive à un ‘conflit gelé’, alors ce ne sera pas une solution qui va durer.”

Jean-Claude Juncker est moins convaincu que la Russie cherche un conflit direct avec l’OTAN:

“L’OTAN est infiniment supérieure à la Russie sur le plan militaire. De sorte que je ne crois pas qu’un président russe intelligent rechercherait une guerre avec l’OTAN, qu’il obtiendrait s’il attaquait encore un autre pays. Mais bien sûr, il se réjouit de ce que dit Trump, à savoir que si les Européens ne payent pas, il n’interviendra pas non plus pour les défendre s’ils sont attaqués. Mais je ne pense pas que cela arrivera.”

A la question de savoir si l’Europe est capable de se défendre sans les Américains, Jean-Claude Juncker répond catégoriquement “non”. L’Europe est sous-armée. Et cela parce que nous pensions dans les années 90 que nous pourrions bénéficier des dividendes de la paix.

“Non, nous ne sommes pas capables de nous défendre nous-mêmes longtemps. Et c’est pourquoi cela ne fonctionne pas sans les Américains. Nous ne voyons rien non plus sans les Américains. Nos systèmes de renseignement ne valent rien sans les Américains. Les Russes le savent évidemment. C’est pourquoi je peux le dire sereinement. Nous devons rapidement mieux nous préparer militairement.”

La question qui se pose alors est: qui va payer? L’ancien président de la Commission européenne plaide pour que l’UE fasse un emprunt commun. Il l’avait déjà suggéré en 1999.

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