
Dimanche avaient lieu les élections fédérales en Allemagne. La CDU-CSU est arrivée en tête du scrutin. En revanche, le FDP (Freie Demokratische Partei), le parti frère du DP luxembourgeois ne sera plus représenté au Bundestag. L’eurodéputé libéral Charles Goerens regarde le faible résultat du parti libéral-démocrate allemand avec “les larmes aux yeux”. Le FDP n’est pas parvenu à faire connaître son programme aux électeurs, constate Charles Goerens: “Vers les électeurs, seul le libéralisme économique, l’économisme libéral, émerge. Un parti libéral doit pouvoir diffuser un message plus large que celui-là vers l’extérieur. Son message est plus large, mais il n’a pas réussi à le rendre reconnaissable de l’extérieur”.
Charles Goerens s’inquiète de la forte AfD (Alternative für Deutschland ), qui est classée à l’extrême droite et qui est désormais la deuxième force du Bundestag allemand. “La démocratie libérale est attaquée à la fois de l’intérieur et de l’extérieur. (...) Nous sommes très isolés et le centre politique est très isolé. Pour réussir, les deux partis désormais majoritaires en Allemagne doivent tenir bon, sinon les choses iront mal.”
Lundi soir, le président américain Donald Trump a annoncé lors d’une rencontre avec le président français Emmanuel Macron que la fin de la guerre en Ukraine est possible dans les semaines à venir. Ceci après que des délégations des États-Unis et de la Russie se soient rencontrées la semaine dernière en Arabie Saoudite pour négocier, sans l’Europe et sans l’Ukraine. Charles Goerens est déçu, “que nous, en tant qu’Occident, ne soyons plus capables de nous concentrer sur quelques objectifs élémentaires et de nous mettre d’accord sur ceux-ci”.
Il n’y a plus de code des valeurs, selon le député européen. L’Europe doit désormais soutenir l’Ukraine, car il s’agit en même temps de préserver des valeurs et le droit à l’autodétermination d’un peuple. Et cela ne sera pas facile: “Les Européens, c’est-à-dire la partie des Européens, qui tiennent encore bon, ce que vous avez appelé le centre politique, ils doivent désormais y parvenir seuls. On peut seulement leur dire: bonne chance.”
“Donald Trump ne comprend que les rapports de force” et réduit tous les problèmes à cela, “ou à une question d’argent”. Si son interlocuteur n’est pas fort, le président américains exploite la situation “sans scrupules”. “Si les Européens n’ont pas compris cela, (...) ils ne constitueront plus un contrepoids dans un monde que la Chine, la Russie et les États-Unis sont en train de se partager.”
Si les États-Unis ne devaient plus soutenir militairement l’Ukraine, l’UE devrait mobiliser 300.000 soldats et se procurer 250 milliards d’euros par an, selon les calculs de l’Institut d’économie mondiale de Kiel.
“La question n’est pas: est-ce qu’il faut le faire? La question est: que se passera-t-il si nous ne le faisons pas? Si nous ne le faisons pas, nous allons nous planter. Alors Poutine prendra la partie de l’Ukraine qu’il a déjà occupée militairement, puis s’en prendra au reste de l’Ukraine”, répond Charles Goerens.
Si les Européens veulent arrêter le président russe, il leur faudra de l’argent, mais cet argent ne se trouve actuellement ni en France ni en Allemagne. L’Allemagne doit revoir sa règle d’or budgétaire, qui est un frein à l’endettement. Et la Banque européenne d’investissement doit aussi faire un effort sur elle-même et revoir sa doxa de ne pas investir dans l’armement. En outre, il faut appliquer les recommandations de Mario Draghi et d’Enrico Letta (pour rendre l’UE plus compétitive via le rôle du marché intérieur européen, ndlr).
Pour Charles Goerens, “en France et en Allemagne, cela dépendra des deux partis socialistes: s’ils tiennent bon, nous pourrons y parvenir”.