Ce qui s’est passé dans ce dossier, c’est vraiment le comble. “Nous avons été trahis”, a déclaré la présidente de l’OGBL, Nora Back, mardi matin lors de l’émission Face‑à‑face avec le ministre du Travail, Marc Spautz. La réunion avec le gouvernement sur le salaire minimum n’a pas duré plus de 50 minutes, et uniquement après pressions et sur la base d’informations obtenues par la presse. “Nous avons été mis devant le fait accompli, on nous a expliqué chiffres à l’appui pourquoi rien ne devait se passer. Et c’est tout. Voilà à quoi s’est résumé le dialogue social autour du salaire minimum” a résumé la responsable syndicale.
Marc Spautz a regretté de ne pas être parvenu à réunir à nouveau syndicats et patronat autour d’une même table avant Pâques. “Je n’y suis pas parvenu. C’est un échec” a affirmé le ministre du Travail mardi sur RTL. “Nous étions si proches de revenir à trois autour de la table”, a convenu la présidente du syndicat. Un déblocage, un petit résultat dans un dossier aurait suffi, mais la question du salaire minimum est arrivée.
Nora Back évoque un chaos au sein du gouvernement et dans la communication autour du dossier du salaire minimum. Vendre une tranche indiciaire comme une augmentation salariale revient, selon elle, “à prendre les gens pour des idiots”. Jamais, selon elle, le dialogue social n’a été dans un état aussi préoccupant qu’aujourd’hui. Sous Marc Spautz, la situation est désormais encore pire que sous son prédécesseur Georges Mischo, a affirmé sans ambiguïté la présidente de l’OGBL.
Le ministre du Travail a expliqué les raisons ayant conduit à la décision sur le salaire minimum, estimant que les 3,8% d’ajustement, ce n’est pas rien et rappelant la revalorisation des aides financières pour les bas revenus. Il a souligné avoir une responsabilité envers les travailleurs, ce qui inclut également de sécuriser les emplois. “Il est vrai qu’il est difficile de vivre au Luxembourg avec un salaire minimum, même avec une augmentation de 3,8 %. Mais il est tout aussi important de rappeler que si, dans le contexte économique actuel, nous augmentons le salaire minimum de manière excessive, cela coûtera aussi des emplois”, a souligné Marc Spautz. Les employeurs voulaient 0 % d’augmentation, les syndicats 11 %. En tant que ministre assermenté, il a dû prendre une décision. Il ne faut pas non plus oublier que le salaire minimum a été exonéré d’impôts et qu’il existe des aides financières, qui ont été améliorées.
Pour l’Union des syndicats, il ne peut absolument pas être question d’un compromis. Le gouvernement a été cherché des calculs complexes pour atteindre les fameux 60 % du salaire médian, estime Nora Back.
Marc Spautz réfute l’affirmation que le gouvernement ne ferait rien et renvoie notamment aux 65 millions d’euros supplémentaires alloués aux aides sociales, qui ont également été simplifiées. Nora Back refuse d’intégrer les aides sociales dans la discussion sur le salaire minimum. “Je veux simplement dire que l’allocation de vie chère est une bonne chose, c’est vrai, mais (...) nous estimons que lorsqu’on exerce un emploi régulier, on doit pouvoir vivre de son salaire. C’est aussi une question de redistribution. Et cela ne peut pas passer par des aides sociales.” Le modèle luxembourgeois ne fonctionnerait‑il donc plus sans aides ? C’est la question qui a été posée à nos invités. Oui, la politique a échoué, a répondu Nora Back. “Depuis des décennies, la politique ne parvient pas à maîtriser la crise du logement, qui s’est encore aggravée.”
Quant à la suite des événements et à une éventuelle volonté des syndicats de poursuivre les discussions, peu d’éléments ont filtré mardi matin. Des échanges sont certes encore prévus, a indiqué le ministre du Travail. “Nous avions établi un calendrier et discuté d’un échéancier pour 2026 et 2027. Mais ce qui va se passer maintenant, je l’ignore : Madame Back affirme que tout est désormais à l’arrêt. C’est en tout cas ainsi que je l’ai compris.” Tout dépendra toutefois de l’évolution d’autres dossiers importants, a précisé Nora Back. Les syndicats préparent désormais des actions, sans que davantage de détails n’aient pour l’instant été communiqués.