Qu'il s'agisse de la BIL, de Cargolux ou de KBL, toutes ces institutions luxembourgeoises ont été dans le viseur des Qatariens il y a une bonne dizaine d'années. Le Luxembourg avait effectivement sélectionné l'émirat en 2011 comme partenaire stratégique après la crise financière, une forme de Realpolitik très concrète, qui prévoyait également une association entre les deux pays pour le futur de SES, les satellites luxembourgeois, ou encore le financement de la place de l'Étoile à Luxembourg-Ville, qui s'est fait en partie via le Qatar.
Les investissements en provenance de l'émirat ont provoqué pas mal d'émoi à l'époque avec à la clé de nombreuses interrogations quant à la collaboration avec ces nouveaux partenaires. Beaucoup de personnes ont remis en question le slogan "Le changement à travers le commerce" ("Wandel durch Handel"). Le reproche à l'époque visait les contrats signés avec le Qatar que de nombreux responsables considéraient comme une action "pas très transparente", "en cavalier seul", du ministre des Finances, Luc Frieden.
Le partenariat avec Qatar Airways n'a pas duré très longtemps, un nouvel actionnaire a dû être trouvé assez rapidement à la suite de désaccords avec les Qatariens. Les parts ont été rachetées par les Chinois, tout comme les parts de la BIL. La Quintet Bank au Luxembourg appartient toujours à des investisseurs qatariens.
Ces partenariats étaient-ils des erreurs? Les avis sont partagés.
Pour Carlo Thelen, directeur de la Chambre de commerce, il faut rester pragmatique, "on ressort généralement plus intelligent d'une telle situation, on a appris certaines leçons, mais ça, on ne pouvait pas le savoir à l'époque". Selon le journaliste Petz Bartz, spécialiste de l'international à RTL, "on voit bien que ce changement à travers le commerce ne fonctionne pas, ce n'est pas le premier échec, mais on ne peut pas exporter ses propres valeurs partout dans le monde".
Le Luxembourg n'a pas été la seule cible du Qatar. On se souvient du rachat du club de football du Paris Saint-Germain, quelques semaines après l'attribution de la Coupe du monde 2022 à l'émirat, en décembre 2010.
Le sport est un vecteur prisé par le petit pays pour soigner son image en Europe. Au Luxembourg, le Qatar a investi dans les clubs de Handball Esch ou du Fola Esch en football. Le lieu de culte du Juste Milieu à Bonnevoie a également été financé par Qatar Charity.
À l'heure d'une coupe du monde controversée et de l'apparition de nombreuses polémiques (soupçons de corruption, droits humains bafoués, stades climatisés…) faut-il mettre fin à ce type d'ouverture? Pas forcément, selon Olivier Pirot, directeur d’Amnesty International Luxembourg: "Un État qui ne respecte pas les droits humains au sens où on voudrait qu’il les respecte, au luxembourg et au sens commun pour nous, pays européens, oui, je pense qu’il faut rester pragmatique. Les relations commerciales ne vont pas s’arrêter. Donc il faut les utiliser pour faire pression."
Le reportage de RTL Télé Lëtzebuerg: