Un témoignage poignantParaplégique au Luxembourg, "je devrai toujours compter sur les autres"

RTL Infos
Fortunat Kizungu est un jeune homme de 32 ans, arrivé au Luxembourg en 2010 après un accident de gymnastique. Entre la difficulté de devoir dépendre des autres, l'isolement dû à sa différence et la découverte de nouvelles passions, Fortunat nous raconte sa reconstruction.
Fortunat Kizungu
Paraplégique, "je devrai toujours compter sur les autres"

"Ce jour-là, tout a changé". C'est un samedi matin, plus exactement le 22 mai 2010 lors d'un entraînement de routine que la vie de Fortunat Kizungu bascule. Gymnaste-acrobate au Burundi, âgé alors de 19 ans, il se prépare pour les qualifications des Jeux Olympiques de Londres. Un double salto, qu'il a pourtant l'habitude d'exécuter, prend une tournure dramatique lorsqu'il atterrit sur la nuque. Il est transporté en urgence à l'hôpital le plus proche.

Au départ, la panique

"On ne sait pas ce qu'il y a, personne ne sait rien". C'est avec difficulté que Fortunat, aujourd'hui âgé de 32 ans, se remémore les premiers instants après l'accident. Les souvenirs sont douloureux et il a longtemps évité de replonger dedans, nous avoue-t-il, très ému, "mais je pense que je dois m'ouvrir davantage".

Les premiers jours après son accident au Burundi, c'est l'agitation. Les médecins ne savent pas ce qu'il a exactement, les scanners ne sont pas concluants et la liste d'attente pour une IRM est extrêmement longue. Or, Fortunat n'a pas le temps d'attendre, sa vie est en jeu. Dans l'urgence, la décision est prise de l'envoyer à l'étranger, au Luxembourg, où il passera en tout et pour tout quatre ans dans les hôpitaux.

"J'étais comme mort-vivant". Le jeune homme se souvient difficilement du périple en avion, couché, accompagné d'une équipe médicale. Comme un voyage dans le brouillard. Le choc provoqué par sa chute a en effet, dans un premier temps, causé la perte de tous ses sens. Enfermé dans sa tête, ne pouvant plus bouger, Fortunat se demandait s'il était en vie, plus rien n'était tangible.

Un diagnostic trop lourd à accepter 

"Là, vous commencez à vous rendre compte que c'est grave." Au Luxembourg, les médecins expliquent à Fortunat qu'il souffre d'une lésion à la moelle épinière, au niveau des cervicales. Beaucoup d'incertitudes entourent ce diagnostic, personne ne peut alors affirmer que le gymnaste ne remarchera jamais. Alors, Fortunat s'accroche, subit les opérations qui lui permettront de réutiliser ses mains, suit sa rééducation... Le tout dans une profonde solitude, sa famille étant restée au pays. "Il me faut du temps pour comprendre tout ça", nous explique le jeune sportif, qui reste très isolé.

Tout doucement, Fortunat comprend que l'équipe médicale qui l'entoure le prépare à s'adapter à une nouvelle vie, une vie en fauteuil roulant. Une perspective trop dure à envisager pour le gymnaste: "L'esprit de la gymnastique, c'est l'autonomie, l'indépendance, la liberté!". À ce jour encore, il lui arrive de se réveiller le matin avec l'espoir de pouvoir se relever. "Je me sens comme menotté".

Être différent "dans un monde où on cherche la normalité"

"Il n'y a plus de cadre pour toi". Enfin sorti de l'hôpital, Fortunat doit affronter un monde qui n'est pas toujours préparé à l'accueillir, et ce, dans un pays qu'il connaît finalement, très peu. Trouver un emploi est une mission qui s'avère impossible: "le monde du travail n'est pas du tout adapté", regrette-t-il, "alors que j'ai plein de capacités."

Demander de l'aide au chauffeur de bus, vérifier par avance l'accessibilité des cafés, restaurants ou rues les entourant... Pour le jeune homme fondamentalement indépendant, devoir compter sur les autres à chaque sortie de chez lui est une souffrance.

La musique et le sport pour se reconstruire

Rapidement, Fortunat se lance dans la musique avec le reggaeton. Il chante, tourne et produit des vidéos, collabore avec d'autres artistes, il s'exprime et laisse entendre sa voix. Artiste dans l'âme, le jeune homme n'a jamais non plus laissé tomber le sport. Être actif, c'est une nécessité pour lui et pour "garder ma santé", admet-il. C'est donc tout naturellement qu'il s'est lancé dans le handibike, un sport qui au départ, lui plaît beaucoup: il gagne en force, rencontre du monde, mais les coûts sont trop élevés, tant financiers que sur son corps. "J'ai dû m'arrêter pour l'instant".

La musique aussi, Fortunat l'a mise entre parenthèses pour le moment, tout comme ses amitiés. Le jeune homme s'est isolé, en proie à de nombreux questionnements, il a déprimé, mais se dit prêt à retourner du côté de la vie et à relever de nouveaux défis. "La vie c'est un marathon", conclut-il, le sourire aux lèvres et les yeux pétillants.

Back to Top
CIM LOGO