
L’affaire de fraude à l’immigration doit "être élucidée sans complaisance afin d’empêcher que de tels dysfonctionnements se reproduisent", a déclaré le député vert Meris Šehović lundi matin sur RTL. Selon lui, il s’agit d’un scandale grave qui se serait étendu sur plusieurs années. L’affaire concerne environ 230 dossiers de salariés originaires de pays tiers. Cet été, des perquisitions ont été menées dans ce cadre au sein de deux ministères, de cinq entreprises ainsi qu’au domicile de particuliers.
Pour Meris Šehović, la question centrale demeure de savoir qui était au courant des irrégularités et à quel moment, et aussi pourquoi celles-ci ont pu se répéter malgré des indices connus. Selon lui, cette affaire doit être élucidée sans prendre de gants, car "elle pourrait éroder la confiance des citoyens envers l’État".
Les premiers jugements rendus, en fait des "jugement sur accord", montreraient que les problèmes ne se limitaient pas à un seul endroit. Le député évoque de fausses adresses, des contrats de travail fictifs ainsi que des diplômes ou certificats de langue falsifiés. Il pointe également des failles au niveau des communes, de l’ADEM, de la Direction de l’immigration et du ministère de l’Éducation : "Cela signifie que, dans toutes ces instances, il y a eu de petits dysfonctionnements dans le passé qui, mis bout à bout, ont permis à certaines personnes d’obtenir illégalement des autorisations de séjour au Luxembourg pour quelques milliers d’euros. C’est évidemment inacceptable."
Alors que la justice traite évidemment les dossiers au cas par cas, la Chambre des députés devrait examiner le système dans son ensemble. Le député vert estime que certaines de ces faiblesses existent probablement encore aujourd’hui et qu’il est donc nécessaire d’agir rapidement.
Interrogé sur les signalements effectués en 2019 et sur l'éventuelle responsabilité d’anciens ministres verts, Meris Šehović estime qu’il n’y a pas de besoin supplémentaire d’éclaircissements. Selon lui, à l'époque, le ministère de l’Intérieur avait transmis les informations au ministère de la Justice, qui les avait ensuite communiquées au parquet. Il revenait dès lors à la justice de décider des suites à donner à l’affaire.
Le député écologiste affirme ne pas vouloir mener de "chasse à l’homme" et ne réclame pas non plus de têtes. L’enjeu est désormais, selon lui, de combler les failles existantes au sein des administrations publiques.
Lorsqu’on fera le bilan de cette affaire dans un an, les problèmes identifiés aujourd’hui devront avoir été corrigés, estime-t-il.
Interrogé sur la présentation du projet de budget 2027 la semaine dernière à la Chambre, Meris Šehović a déclaré : "On a l’impression que ce gouvernement ne vit pas dans la période de crise que nous percevons tous."
Selon lui, tout le monde, à gauche et à droite, recevra un peu, mais ce sont surtout les personnes aux revenus très élevés et les investisseurs immobiliers qui alimentent la spéculation qui en tireront le plus grand bénéfice.
Le budget pluriannuel l’inquiète particulièrement, car le gouvernement y réduit ses investissements pour l'avenir. Les investissements destinés à l’extension du réseau de tram devraient ainsi diminuer d’environ 100 millions d’euros au cours des trois prochaines années.
Par ailleurs, alors que le pays sort d’un été record marqué par une chaleur et une sécheresse extrêmes, il constate que, "malgré cela, nous voyons par exemple que les dépenses pour le Fonds de l’eau ou le Fonds de la nature diminueront de 80 à 90 millions d’euros au cours des trois prochaines années. [...] C’est une facture qui nous sera présentée demain, et ce sera une facture coûteuse. C’est vraiment très, très regrettable."
Pour le député vert, ce n'est pas seulement une question de plus ou de moins de dette. Ce qui compte avant tout, c’est la manière dont l’État utilise cet argent.
Selon lui, l’endettement est justifié lorsqu’il sert à financer des investissements dans les infrastructures publiques, les écoles et les hôpitaux, car il répond alors à des besoins concrets.
En revanche, Meris Šehović reproche au gouvernement de continuer à accroître la dette malgré des recettes fiscales records, principalement pour financer des dépenses de consommation à court terme qui, selon lui, ne modifient en rien de manière structurelle la situation du pays.
Sa démission de son poste d’échevin à Esch-sur-Alzette avait été convenue au sein de la section locale des Verts après les dernières élections communales, explique Meris Šehović. Il n’avait été élu qu’avec une légère avance sur Mandy Ragni, qui lui a désormais succédé. Tous deux avaient donc considéré le résultat électoral comme un mandat commun et décidé de partager cette responsabilité, une décision communiquée en toute transparence. Mandy Ragni disposait par ailleurs déjà d’une expérience au sein du collège échevinal.
Meris Šehović se félicite également que le collège échevinal, auparavant exclusivement masculin, compte désormais deux femmes parmi ses membres. Lui-même reste conseiller communal et entend continuer à faire avancer les projets verts avec son équipe.
Concernant une éventuelle candidature en tête de liste pour les prochaines élections communales, Meris Šehović ne souhaite pas encore se prononcer. Il souligne toutefois qu’Esch-sur-Alzette est sa ville d’adoption, où il a fondé sa famille et où grandit sa fille. Si son parti le souhaite et s’il ressent le soutien des habitants d’Esch, il se dit prêt à se mettre à nouveau à disposition lors des prochaines élections communales.