
Sur les 450 millions d'habitants que compte l'Europe, seul 1,5% sont des réfugiés. "Nous ne sommes pas submergés", selon Laura Zuccoli. C'est l'image que les gens ont souvent en tête, mais "ce n'est pas le cas". En Europe, "il y a surtout de nombreux migrants économiques", qui arrivent légalement avec un visa et cherchent ensuite un emploi. "Mais pour les migrants qui arrivent ici par une autre voie, il est extrêmement difficile d’obtenir une autorisation de séjour." Nous avons échoué à "mettre en place une véritable politique migratoire commune, qui fixe bien sûr des règles claires, mais qui donne également aux gens la possibilité d'entrer et pas seulement via l'asile."
Le Pacte européen sur la migration et l'asile, adopté lors de la dernière législature, est également considéré d'un oeil critique par Laura Zuccoli, car il "dresse encore plus de murs" sans s'attaquer à la principale cause de la migration. Il n'a créé aucune possibilité légale d'entrer dans l'UE et, par conséquent, 18% de personnes supplémentaires ont immigré illégalement sans visa. En outre, "le pacte stipule que d'ici 2027, Frontex devra employer 100.000 personnes et cela coûtera 900 millions d'euros. 900 millions d'euros qui seront utilisés pour renforcer les frontières extérieures" Cet argent serait mieux investi dans une véritable politique migratoire conforme aux traités internationaux, selon l'invitée de la rédaction.
Le Collectif réfugiés a produit cinq courtes vidéos pour montrer aux citoyens ce qu'est effectivement le Pacte migration et ce qu'il va changer. De plus, le Collectif adresse un certain nombre de revendications aux responsables politiques luxembourgeois. Avant tout, il faut reconsidérer le mécanisme de solidarité. Actuellement, vous pouvez en sortir si vous ne voulez pas accepter de réfugiés. Il faut aussi garder un oeil sur les frontières extérieures. Des centres de rétention doivent y être construits, où les migrants seront filtrés et ils n'auront peut¨être plus la possibilité de demander l'asile. Et cela, ce n'est pas possible, dénonce Laura Zuccoli.
Au Luxembourg, le nombre de demandeurs d'asile est passé d'environ 2.050 en 2019 à 2.500 en 2023, soit près de 450 personnes de plus. Le Grand-Duché manque surtout de structures d'accueil: seules 34 communes sur 100 disposent de foyers. Il y a un manque de lits, mais il faut aussi "sortir les gens des structures, surtout ceux qui ont obtenu le statut. Ils y restent bloqués, notamment parce qu'ils touchent le Revis, parce qu'ils n'ont pas de travail et ils ne trouvent pas de logement sur le marché." C'est pourquoi il serait important de les pousser vers la vie active dès qu'ils arrivent. Il faut leur donner la possibilité d'accéder au marché du travail par des stages ou des apprentissages. Ils pourront y apprendre la langue luxembourgeoise et les artisans seront contents de trouver de la main-d'oeuvre. Les Ukrainiens constituent "un bon exemple". Ils ont obtenu un accès direct au marché du travail et au guichet unique, où les résidents peuvent effectuer toutes leurs démarches administratives. Cela a très bien fonctionné. "Pourquoi ne pas faire cela aussi pour tous les autres réfugiés?", s'interroge Laura Zuccoli.