LuxembourgMédecins du monde revendique une prise en charge médicale correcte pour tous les malades

Diana Hoffmann
L'ONG Médecins du monde, qui est présente au Luxembourg depuis 11 ans, a présenté mercredi son bilan 2023. Il en ressort que le nombre de patients est resté stable au cours des trois dernières années.
© Diana Hoffmann

L’an dernier, 1.193 personnes se sont adressées à l’ONG Médecins du monde, que ce soit à Esch-sur-Alzette ou à Luxembourg-ville, pour un nombre global de 3.255 consultations médicales. Certains patients ont donc eu recours à plusieurs reprises aux médecins ou aux travailleurs sociaux de l’association.

Le nombre de bénéficiaires est resté stable ces trois dernières années, entre 1.200 et 1.300 patients. Cependant les problèmes de santé sociale et de santé mentale augmentent progressivement, ce que l’on constate avec l’explosion des interventions sociales et psychologiques. “Et ce phénomène est sans aucun doute étroitement lié à la pauvreté, qui concerne de plus en plus de gens au Luxembourg”, souligne le président de Médecins du monde, Bernard Thill. “De plus en plus de gens viennent chez nous à cause de problèmes sociaux”, ajoute Ralph Hank, secrétaire de Médecins du monde. Cela est bien sûr également dû à l’introduction du projet pilote de Couverture universelle des soins de santé (CUSS). Une mesure qui exige aussi un suivi social des bénéficiaires.

Le projet pilote de CUSS a été lancé en 2021. L’une des revendications de Médecins du monde aux responsables politiques est que la CUSS obtienne une base légale. L’association prend actuellement en charge 76 personnes dans ce programme. Mais faute de ressources financières et en personnel, surtout d’une assistante sociale, elle ne peut s’occuper d’aucun autre bénéficiaire éventuel. L’association doit par conséquent envoyer les patients dans le besoin vers l’une des cinq autres associations, qui ont également la possibilité d’inscrire des personnes auprès de la Sécurité sociale et d’assurer un suivi.

Pour obtenir la Couverture universelle des soins de santé, qui permet aux personnes vivant dans la précarité économique au Luxembourg d’aller chez un médecin, d’avoir une carte de la CNS et de ne pas devoir avancer les frais de consultation et de médicaments prescrits, il faut toutefois remplir trois conditions. Il faut pouvoir prouver son identité, que l’on habite depuis trois mois au moins au Luxembourg et n’avoir aucune affiliation à une caisse de maladie. Ensuite, il faut accepter un suivi social.

Une autre revendication de l’ONG est que ceux qui n’ont pas d’assurance sociale et qui ne peuvent donc pas s’inscrire auprès d’une commune, obtiennent l’accès à un bureau social et à une épicerie sociale. Avoir un compte en banque est un droit au Luxembourg, cependant c’est souvent un autre problème pour ceux qui vivent dans une situation précaire. “Les personnes qui ont le doit de se faire inscrire pour bénéficier d’une CUSS n’arrivent pas à ouvrir un compte dans différentes banques et ne peuvent donc pas recevoir d’argent, car elles n’ont pas de compte”, affirme Ralph Hank.

Une troisième revendication de Médecins du monde est la création d’une structure où les personnes âgées et malades qui vivent dans la rue et n’ont pas de papiers, puissent vivre leurs dernières années dans la dignité. Actuellement, Médecins du monde a seulement la possibilité de les héberger à Esch dans la maison L’Escale. Cette structure, gérée par l’ONG et le CHEM, peut prendre en charge 10 patients sans assurance sociale. Actuellement six de ces 10 lits sont occupés par des personnes souffrant de maladies chroniques, qui nécessitent donc une prise en charge à long terme. Lors d’une première réunion, ce projet a été bien accueilli par la ministre de la Santé et de la Sécurité sociale. Il faut à présent attendre la réaction du ministère de la Famille.

Qui sont les gens dont s’occupe l’ONG Médecins du monde?

97% des patients vivent sous le seuil de pauvreté. 40% souffrent d’une maladie chronique et se rendent plus souvent chez Médecins du monde, car un suivi est nécessaire. De nombreux patients ont des problèmes financiers. Certains sont sans emploi, d’autres travaillent. Environ 20% travaillent au noir.Ils travaillent et habitent au Luxembourg, mais ils ne sont pas déclarés et ne peuvent pas l’être, car ils ne remplissent pas les conditions légales”, affirme Ralph Hank. C’est un mythe que des gens viennent au Luxembourg pour bénéficier d’une prise en charge médicale. “Seuls 3,2% des migrants ont quitté leur pays à cause de problèmes médicaux”, selon le secrétaire de l’association. Les patients sont majoritairement des migrants demandeurs de protection internationale. Les réfugiés ne viennent pas, car s’ils ont obtenu le statut, ils ont les mêmes droits que les résidents luxembourgeois.

6% des patients sont des Luxembourgeois, qui n’ont pas d’assurance sociale ou qui n’ont pas suffisamment d’argent pour avancer les frais d’une consultation médicale. La majorité des bénéficiaires viennent d’Europe de l’Est, Roumanie, Hongrie, Pologne. Entre 20 et 25% viennent du Maghreb. Ils sont aussi nombreux à venir d’Amérique du Sud, surtout du Brésil.

La bonne nouvelle est que Médecins du monde voit arriver chaque année de nouveaux bénévoles. Ils étaient 160 en 2023, dont des généralistes, des infirmiers, des dentistes, des ophtalmologues, des dermatologues, des cardiologues, des psychologues...

Plus d’informations sur www.medecinsdumonde.lu.

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