
"Les "petites gens" du Grand-Duché": le titre de l'article paru dans Libération, lundi 11 mars, annonce la couleur. Le quotidien français met en lumière une réalité que l'on cache volontiers: la pauvreté ne cesse de gagner du terrain au Luxembourg.
Ainsi, "Libé" oppose le quartier "futuriste" du Kirchberg, où poussent comme des champignons les banques et les holdings qui "peuvent ici, en toute légalité, contourner les règles fiscales de leur pays et loger leurs employés dans des penthouses à 1,5 million d’euros" aux "gens normaux", victimes des prix du logement revus chaque année à la hausse, et qui "accentuent la pauvreté et découragent les emménagements."
Ainsi, le quotidien explique que"les prix augmentent chaque année de 8 % dans la capitale, entretenant des rentiers d’un côté et de la précarité de l’autre. Entre 2009 et 2017, le prix de vente d’un appartement est passé de 4 000 à 7 000 euros le mètre carré."
"Même une chambre de 8 m2, avec une douche partagée, sans cuisine, dans un village à 30 kilomètres, avec un bus qui passe toutes les deux heures, se loue 700 euros", témoigne une éducatrice à l’Abrigado.
Se basant sur les statistiques officielles, notamment celles du Statec, le journal affirme que "le Grand-Duché fait partie des rares pays dans lesquels le risque de pauvreté est en augmentation constante depuis 2005", relativisant au passage le très bon PIB du Grand-Duché (qui est en tête du classement mondial avec le Qatar et Macao). Un classement "trompeur" car "il intègre la richesse produite par les 175.000 travailleurs transfrontaliers qui viennent chaque jour de Belgique, de France et d’Allemagne."
Interrogé par le journal, Philippe Penning, le défenseur du lanceur d’alerte Antoine Deltour, estime qu' "il n’y a pas que de la criminalité économique au Luxembourg. En tant que pénaliste, je vois des vols, des viols, des meurtres et beaucoup de pauvreté. Le parachute social fonctionne encore, mais la fourchette entre les deux extrémités de la société est de plus en plus écartée."
"les jeunes [Luxembourgeois] ne rêvent que d’argent facile dans la finance, et les étrangers hésitent à venir à cause du coût de la vie."
Enfin, Libération pointe un problème de toxicomanie, évoquant au passage la salle de shoot de Bonnevoie, qui "accueille 250 à 300 clients par jour, locaux ou immigrés". "La toxicomanie est le signe que le Luxembourg est un vrai pays, pas une rangée de boîtes aux lettres comme on le voit dans les reportages"
souligne ainsi Didier Schneider, directeur adjoint du Comité national de défense sociale."Beaucoup de gens voient le Luxembourg comme un eldorado, sans réaliser qu’ici, avec un salaire de 2.500 ou 3.000 euros, on est un travailleur pauvre."