Affaire Mikhaïl FridmanL’opposition estime que le gouvernement a "montré sa vulnérabilité au chantage"

Michèle Sinner
adapté pour RTL Infos
L’épée de Damoclès que représentait la plainte de plusieurs milliards d’euros déposée par Mikhaïl Fridman a disparu, a déclaré lundi matin le Premier ministre Luc Frieden à l’issue de la réunion de la commission parlementaire des Affaires étrangères. Il n’existe toutefois aucune certitude que cette procédure soit définitivement close.
Mikhaïl Fridman a réclamé 16 milliards de dollars de dommages et intérêts au Luxembourg, au motif que ses avoirs y avaient été gelés.
Mikhaïl Fridman a réclamé 16 milliards de dollars de dommages et intérêts au Luxembourg, au motif que ses avoirs y avaient été gelés.
© PAVEL GOLOVKIN/AFP (photo d'archive)

Mikhaïl Fridman réclame 16 milliards de dollars de dommages et intérêts au Luxembourg, au motif qu’il a été inscrit sur la liste des sanctions de l’Union européenne en 2022 et que ses avoirs ont alors été gelés. Une menace de taille pour un petit pays.

Lundi matin, Luc Frieden a déclaré que, puisque Fridman a été retiré de cette liste à la demande du Luxembourg, cette plainte n’avait désormais plus d’objet. Mais cela signifie-t-il pour autant que l’affaire est définitivement réglée ?

"Tout d’abord, cela ne fait que quelques jours. Une procédure d’arbitrage est quelque chose de très complexe. Elle dure généralement quatre à cinq ans, comme c’est le cas dans les arbitrages internationaux. Nos avocats sont chargés d’examiner quelles seront les prochaines étapes."

L’intervention du Luxembourg en faveur de l’homme d’affaires russo-israélien a suscité de nombreuses critiques, tant en Ukraine qu’au sein de l’Union européenne. Un préjudice au niveau de la réputation du pays que dénoncent le LSAP et les Verts.

Sam Tanson estime qu’il faut ouvrir un débat au sein de l’UE sur le principe de l’unanimité, qui permet à un seul État membre de bloquer l’ensemble du mécanisme. Elle plaide également pour une réflexion sur la solidarité entre pays européens dans le cas où de telles demandes d’indemnisation aboutiraient.

"Il s’agit véritablement d’un précédent. Tous les autres oligarques concernés auront observé cette situation de très près. Et le Luxembourg, en tant que place financière, est naturellement extrêmement exposé. Il devrait s’engager à juste titre pour que ce système soit revu."

Pour le député DP Gusty Grass aussi, le véritable problème se situe en fait au niveau de l’Union européenne.

"Des intérêts majeurs du pays sont en jeu. Mais ce qui me déçoit le plus personnellement, c’est le manque de solidarité au niveau européen. À la question de la responsabilité, et même de la responsabilité collective, qui a également été évoquée, il nous a été répondu par les deux membres du gouvernement, qu'aucune réaction n’est venue de nos partenaires à ce sujet."

Le soutien du président du groupe parlementaire CSV, Laurent Zeimet, au Premier ministre est inconditionnel. Selon lui, la décision du gouvernement était dans l’intérêt du pays, même si aucune analyse approfondie n’a été réalisée quant aux chances réelles de Mikhaïl Fridman d’obtenir gain de cause avec ses revendications.

“Je pense qu’il s’agit d’un arbitrage. Devant une juridiction, on ne sait jamais quel sera le résultat. C’est un peu comme naviguer en mer avec un bateau, n’est-ce pas ? C’est pourquoi il est difficile de prédire l’issue de cette affaire. Et je ne crois pas que le moment était venu de mener des analyses plus longues.”

L’ADR n’a encore relevé aucune critique

L’ADR apporte également son soutien au gouvernement. Fred Keup ne manque pas l’occasion de s’en prendre au LSAP et aux Verts, dont il dit ne pas comprendre la position. Peut-être parce qu’il n’a encore rien entendu des critiques internationales adressées au Luxembourg ?

"Je n’ai vu nulle part que le Luxembourg était présenté sous un jour négatif. Où est-ce que cela figure ?"

Ces critiques ont pourtant été relayées tant dans la presse internationale que nationale. Quant aux reproches formulés par l’Ukraine, il les balaie également d’un revers de main :

"Bon, eux s’expriment négativement du matin au soir sur tout."

Des déclarations qui ne surprennent pas Franz Fayot, élu LSAP.

"Je pense que l’extrême droite est très clairement l'alliée des Russes ainsi que des affairistes. C’est pourquoi les propos de Monsieur Keup ne m’étonnent pas. Mais cette décision est extrêmement problématique, parce qu’elle montre effectivement que nous sommes, d’une certaine manière, vulnérables au chantage."

Cela représenterait un problème pour la place financière luxembourgeoise, où opèrent de nombreux hommes d’affaires de ce type. David Wagner, élu déi Lénk, partage un avis similaire.

"Oui, nous vivons dans un monde où, en réalité, un capitaliste peut faire pression sur un État. Cela doit aussi nous amener à réfléchir."

Selon lui, la guerre en Ukraine constitue par ailleurs une aubaine pour l’industrie de l’armement, malgré toutes les déclarations de solidarité avec la population ukrainienne exprimées depuis l’Europe occidentale.

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