Sanctions levées contre deux RussesSurprise, critiques et divisions à la Chambre des députés

Pit Everling
adapté pour RTL Infos
Le Luxembourg fait partie des pays qui, à Bruxelles, ont soutenu le retrait de certains oligarques russes des listes de sanctions de l’Union européenne.
© AFP

Au cœur du dossier se trouve Mikhail Fridman, homme d’affaires russo-israélien, qui a porté plainte contre le Luxembourg après le gel de ses avoirs. Il réclame 16 milliards, soit une somme équivalente à près de la moitié du budget national.

À la Chambre des députés, la décision du gouvernement suscite des réactions contrastées. Un élément surprend particulièrement : la fraction DP affirme ne pas avoir été informée. Plusieurs responsables politiques expliquent avoir appris par la presse que le Luxembourg aurait exercé des pressions pour obtenir le retrait du nom de Mikhail Fridman de la liste des sanctions. Une critique formulée aussi bien par des chefs de fraction que par des représentants de sensibilités différentes, y compris au sein de la majorité.

Le président de la fraction libérale, Gilles Baum, dit avoir découvert l’affaire dans les médias et se dit très surpris. Il explique : "Je l’ai appris par la presse, je suis vraiment surpris. Je n’ai pas encore eu l’occasion d’en parler avec des membres de ma formation ou du gouvernement, mais nous le ferons dans les prochains jours." Il n’a pas souhaité commenter le fond de la décision.

Dans l’opposition, le ton est nettement plus sévère. Le député Marc Baum, de déi Lénk, estime que la démarche du gouvernement envoie un signal inquiétant : "Sans détails, cela donne l’impression que notre pays s’est laissé mettre sous pression par la Russie, l’agresseur, ni plus ni moins."

Les Verts expriment également leurs réserves. La députée Sam Tanson rappelle que les sanctions ne sont pas un outil de négociation, mais une réponse à la guerre menée par Moscou : "Les sanctions ne sont pas là pour servir des intérêts particuliers ou rééquilibrer une situation. Elles existent parce que la Russie a lancé une guerre illégale contre l’Ukraine."

La LSAP, qui a déposé une question urgente, rejette l’argument selon lequel le Luxembourg n’aurait fait que suivre les préoccupations d’autres États membres. Sa cheffe de fraction, Taina Bofferding, déplore un manque de clarté et de communication : "Cela ressemble à un marchandage où personne ne veut prendre position. Et je regrette que, lorsque la presse a demandé des explications à la gouvernement, personne n’ait voulu répondre. Nous obtenons maintenant des éléments via une question parlementaire, mais cela montre encore une fois que la communication du gouvernement laisse vraiment à désirer."

Mais tous les partis ne condamnent pas la démarche. Au CSV, le président de la fraction Laurent Zeimet soutient pleinement la position du gouvernement, rappelant que deux personnes ont été retirées de la liste des sanctions, dont l’une en conflit direct avec le Luxembourg : "Je constate que deux personnes ont été retirées de la liste. L’une d’elles est en litige avec le Luxembourg, et je pense que la solution trouvée va dans l’intérêt du pays."

L’ADR partage cette lecture. Son chef de fraction, Fred Keup, estime que la décision protège le pays d’un risque financier majeur : "Nous étions, et nous sommes toujours, dans une situation où le Luxembourg fait face à un risque financier énorme, portant sur des milliards que nous pourrions devoir rembourser. Je suis donc plutôt soulagé, car je pense à mon pays, si ces sanctions sont levées."

Le Premier Luc Frieden renvoie, lui, à des intérêts nationaux essentiels. Une manière de rappeler que les 16 milliards réclamés par Mikhail Fridman constituent un enjeu colossal pour le Luxembourg.

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