
Ce qui s’est passé ces derniers jours constitue un risque supplémentaire d’instabilité et crée un dangereux précédent, a dit Xavier Bettel :
“C’est une situation terrible : d’un côté, on se réjouit que quelqu’un soit parti, mais de l’autre, la manière dont cela s’est passé est inacceptable. Vous ne pouvez pas simplement aller destituer un président. Il y a un droit international, qui n’est pas respecté. Et nous devons savoir, en tant que tout petit pays, que le droit international est en fait notre meilleure garantie face aux autres. D’un côté, honnêtement, on se réjouit d’être débarrassé de [Nicolas Maduro, président vénézuélien, ndlr], mais de l’autre, c’est une procédure qui risque d’être reprise par d’autres pays pour dire : quand on est grand, on peut faire ce qu’on a envie.”
Des mots clairs de la part du ministre des Affaires étrangères, que l’on aurait en fait souhaité entendre de la part du gouvernement. Les députés Sam Tanson (déi Gréng) et ensuite David Wagener (déi Lénk) :
“Ce n’est qu’après avoir été sollicité que Xavier Bettel a déclaré qu’il estimait qu’il s’agissait de violations du droit international en ce qui concerne l’usage de la force, et je regrette vivement que cela ne figure pas dans le communiqué du gouvernement.”
“Nous avons aussi été un peu déçus par la position du gouvernement luxembourgeois […] pour dire que ce que le gouvernement américain a fait, il n’y a pas grand-chose à discuter à ce sujet : c’est illégal. C’est l’enlèvement d’un chef d’État. Et c’est l’attaque contre la capitale du Venezuela. […] Le Danemark est peut-être aussi le prochain sur la liste. […] Nous parlons du Groenland, mais nous pourrions aussi parler d’autres endroits dans le monde.”
La politique étrangère luxembourgeoise se dissimule effectivement à nouveau derrière l’Union européenne, mais l’UE elle-même doit aussi rapidement se ressaisir, a critiqué Yves Cruchten, élu LSAP :
“L’Union européenne doit bientôt prendre conscience que si elle ne défend pas ses valeurs, ses principes et ne s’engage pas pour eux dans le monde, ils seront les prochains à y passer. Et honnêtement, cela m’inquiète énormément. Nous avons déjà entendu hier que le président américain garde toujours un œil sur le Groenland. Et ce sera le prochain sujet dont nous aurons à nous occuper. Et là, nous devrons aussi, en tant qu’Européens, avoir le courage de défendre quelque chose. Et ce ne sera pas suffisant avec des positions aussi floues.”
Le député européen DP Charles Goerens était également présent lundi matin à la réunion de la Commission parlementaire des Affaires étrangères et il a exprimé une opinion claire sur l’UE :
“Nous [l’UE, ndlr] ne sommes tout simplement plus présents sur la scène internationale, parce que nous n’arrivons plus à adopter une position commune à 27. Et dans un monde où les décisions se prennent uniquement en fonction des rapports de force, si nous voulons aider le droit international à s’imposer, nous devons veiller à redevenir plus forts.”
Parmi les 27 États membres de l’UE, il y a certainement une majorité qualifiée prête à s’exprimer sur la violation flagrante du droit international par les Américains au Venezuela. Il faudrait simplement se doter des mécanismes de décision nécessaires. Tant que cela ne se fera pas, on ne pourra que verser des larmes de crocodile, selon Charles Goerens.