Pour les deux organisations, la situation est devenue intenable : des journées de douze à quatorze heures, des revenus amputés de plus de la moitié par des intermédiaires, et une absence totale de protection sociale. Elles parlent désormais de pratiques proches de la "servitude moderne", rendues possibles par un statut d’indépendant qui, selon elles, ne correspond en rien à la réalité du terrain.
Les syndicats dénoncent un système qui repose largement sur des travailleurs précaires, souvent issus de l’immigration récente et sans accès à un emploi salarié classique. Beaucoup seraient recrutés directement dans ou autour des structures d’accueil, attirés par la promesse d’un revenu rapide, mais confrontés ensuite à une dépendance totale envers les plateformes ou les flottes qui gèrent les comptes. Le marché compterait environ 2.000 livreurs, même si les chiffres exacts restent difficiles à établir en raison de l’opacité du secteur.
Sur le terrain, les représentants de l’ULL décrivent un fonctionnement qui ne laisse aucune autonomie aux livreurs : trajets imposés, temps d’attente non rémunérés, horaires imprévisibles et revenus qui s’effritent mois après mois. Pour eux, il ne fait aucun doute que ces travailleurs devraient être considérés comme des salariés, puisque les plateformes contrôlent l’ensemble de leur activité. Cette dépendance économique se double de risques physiques et psychologiques importants, liés à la fatigue, au stress permanent et à la pression de devoir travailler même malade pour ne pas perdre leur unique source de revenus.

Les organisations syndicales estiment que ces conditions ne sont pas seulement injustes, mais dangereuses. Elles pointent une hausse des accidents, des problèmes de santé et une détresse silencieuse chez des travailleurs qui n’osent pas se déclarer malades. Le secteur, comparé à un "Far West", échappe en grande partie aux contrôles, ce qui rend difficile toute régulation efficace.
Pour tenter de changer la donne, l’OGBL et l’ULL ont signé un accord de coopération et d’intégration. L’ULL, qui compte déjà plus de 200 membres et a été créée spontanément en juin après une mobilisation des livreurs, rejoint ainsi le syndicat tout en conservant son autonomie. L’objectif est clair : donner une voix collective à des travailleurs souvent invisibles et pousser à une reconnaissance de leurs droits, afin que les plateformes ne puissent plus contourner les règles du droit du travail.