Le pouvoir de la justice est-il suffisamment résilient lorsque l’État de droit est remis en question? Le nouveau Procureur général d’État, John Petry, a traité cette question lors de son discours d’une heure devant des représentants du monde politique et du monde judiciaire jeudi. Son analyse avait pour cadre les derniers développements mondiaux et la progression des tendances autoritaires.
Le gouvernement souhaite élaborer une stratégie de résilience. Selon John Petry, c’est un point qui concerne également le pouvoir judiciaire. C’est pourquoi il voulait voir à quel point celui-ci était résistant. “Je pense qu’il le sera. Nous sommes bien positionnés sur la base de la réforme constitutionnelle de 2023”, souligne le Procureur général d’Etat. En ce qui concerne le Luxembourg, il s’agit donc plutôt d’un exercice théorique, car nous ne sommes pas réellement confrontés à ces tendances dans ce pays. C’est seulement une préparation, “au cas où”.
Jusqu’à présent, le Luxembourg occupe la première place dans presque tous les classements internationaux en termes de respect de la démocratie et de l’État de droit. “C’est pourquoi je pense qu’il n’y a vraiment pas lieu de s’inquiéter au Luxembourg”, affirme John Petry.
Justice et politique sont dans un rapport qui peut devenir un exercice d’équilibre. Dans certains pays, ce rapport est actuellement remis en question. La justice est dépendante de la politique, ou plutôt du gouvernement, en ce qui concerne son budget. John Petry a souligné qu’il peut s’imaginer une autonomie budgétaire. “Mais il n’y a pas de gros problème dans la situation actuelle. Le gouvernement est disposé à nous fournir tous les moyens que nous souhaitons”, a déclaré le Procureur général d’État. Par rapport à la situation des pays voisins, nous nous trouvons très bien..
D’une manière générale, la justice doit veiller à ne pas se rendre vulnérable, estime John Petry, faisant référence au jugement de la justice française qui va exclure Marine Le Pen, candidate désignée de l’extrême-droite, de la prochaine élection présidentielle. Le pouvoir judiciaire doit éviter tout soupçon qu’il prendrait des décisions politiquement motivées. L’impartialité de la justice est son “plus grand bien”.
Il y a un certain nombre de défis auxquels est confrontée actuellement la justice. Il faut veiller à ce que la police judiciaire soit plus efficace dans la poursuite de la criminalité économique. Mais la numérisation doit également être poussée plus avant. Le recrutement de nouveaux magistrats reste une éternelle préoccupation, alors que l’on compte actuellement 50 postes ouverts. Ceux-ci devront être bien intégrés et les infrastructures adaptées. Selon John Petry, le problème du recrutement vient du fait qu’un nombre insuffisant de candidats remplissent les conditions. Mais la Chambre est en train de modifier ces conditions. “Je suis convaincu que tôt ou tard nous trouverons les candidats nécessaires”, a déclaré John Petry.