
"Ce n'est pas un succès en terme de chiffres mais en terme de laps de temps", résume le Dr Guillaume Bastin, responsable médicale chez Médecins du monde. Une des associations qui s'occupent toute l'année de la prise en charge des plus mal lotis de notre société dans la structure d’urgence installée à l'écart des regards à Luxembourg-Findel.
Oubliés jusqu'ici de la campagne nationale de vaccination, les sans-abris avaient l'opportunité de se faire enfin vacciner ces 1er et 2 juin. Une première mission de vaccination organisée par le ministère de la Santé et ses équipes mobiles de vaccination, le ministère de la Famille et les associations actives sur le terrain au jour le jour.
À en croire la directrice de l'asbl Dräieck qui représente Caritas Accueil et Solidarité, la Croix-Rouge et Inter-actions et qui gère l'Action Hiver ("Wanteraktioun"), Cyrielle Chibaeff, cette campagne "éclair" a permis de "couvrir une bonne partie de nos bénéficiaires grâce à l’appui et au travail des différents partenaires dans cette action (...) notamment avec l’appui des spécialistes du terrain, du personnel médical et infirmier ainsi que des bénévoles".
Bilan officiel de l'opération, à relativiser lorsqu'on sait que le Luxembourg dénombre plus de 300 sans-abri: des 98 personnes inscrites pour se faire vacciner, seules 63 se sont finalement présentées et ont été vaccinées au cours de ces deux jours.
En clair: un sans-abri sur trois qui avait été contacté par les équipes de terrain, qui avait accepté la vaccination, s'était inscrit sur la liste et qui avait -pour une vingtaine d'entre eux- accepté de demander un matricule, chose qui n'est pas si aisée à accepter pour tous les sans-abri, n'a finalement pas reçu de vaccin le jour J.
Témoin de la situation, le Dr Bastin explique ce résultat mitigé par plusieurs raisons. D'abord, la campagne pourtant bien préparée en amont avec les ministères, a été "précipitée" à ses yeux. Prévenus le 17 mai, les acteurs de terrain et assistantes sociales n'avaient que quelques jours pour joindre des sans-abri qui bougent et qui n'ont pas forcément un portable quand il est allumé, voire chargé. Et puis il y a "ceux qui ont eu peur sur le moment ou qui ont refusé de se faire vacciner finalement".
Mais un autre épiphénomène est venu chambouler les plans le jour J: "La vaccination devait démarrer le mardi 1er juin à 8h mais les premiers vaccins ne sont que arrivés à 9h15. Un retard du dispositif de l'Unité mobile qui gère la logistique", explique le Dr Bastin. Pas très grave a priori mais essentiel pour les sans-abri qui ont un job. "Certains se sont arrangés avec leur employeur pour arriver en retard, mais ils ont dû quitter les lieux par crainte de perdre leur travail déjà précaire".
La très grande majorité des 63 vaccinés (57 sans-abri) ont reçu le vaccin de Johnson & Johnson. "Avec cette population, c'est difficile de faire le traçage pour la deuxième dose. Le plus facile et le plus sûr est de vacciner avec le vaccin Janssen car il ne nécessité une seule dose", explique Lynn Feith du ministère de la Famille. Avant de préciser que les six autres personnes, âgées de moins de 30 ans, ont reçu la première dose du vaccin BioNTech/Pfizer "médicalement plus sûre pour elles".
Dr Guillaume Bastin, souligne la bonne collaboration avec le ministère de la santé et se dit "confiant" quant à la concrétisation d'une deuxième campagne qui devrait avoir lieu encore en ce mois de juin. Primo, parce que l’Action hiver (Wanteraktioun) s'achèvera ce 30 juin 2021 au Findel. Elle avait déjà été prolongée de trois mois, comme en 2020.
Et secundo, parce qu'il faut au moins faire le vaccin de rappel aux moins de 30 ans qui ont reçu la première dose du vaccin BioNTech/Pfizer.
L'objectif de Médecins du Monde est à présent de "pouvoir élargir l’offre de la vaccination aux plus démunis". Des "signaux positifs" ont déjà été reçus par l'asbl Dräieck pour que les sans-abri aient "la possibilité de profiter d’autres potentielles actions futures en dehors de la Wanteraktioun pour se faire vacciner", assure Cyrielle Chibaeff.