Les ruches débordentLes abeilles doivent-elles dire merci au coronavirus?

RTL Infos
Cette année, de nombreux apiculteurs évoquent une production de miel exceptionnelle. Mais cela "n'a rien à voir avec le coronavirus", estime le président des apiculteurs au Luxembourg.
© DR

"Mes abeilles n'ont jamais produit autant de miel", s'enthousiasme Pierre Stephan, apiculteur en Alsace cité par France 3.

"L’an dernier, j’étais découragé au point où je pensais m’arrêter" confie-t-il, avant d'ajouter "Cette année, c’est comme une renaissance, il y a des fleurs partout et c'est calme comme jamais".

Une des raisons invoquées est l'effet "coronavirus", qui a considérablement réduit l'activité humaine: "Tout est calme et moins pollué, les abeilles peuvent butiner sans être dérangées".

UNE SAISON EXCEPTIONNELLE

C'est incontestable, le drame sanitaire du coronavirus a eu des vertus environnementales. Les insectes, très sensibles à la pollution, ont pu bénéficier de cette accalmie inhabituelle.

Mais faut-il attribuer au coronavirus tous les lauriers? Jean-Paul Beck en doute: "Je ne pense pas qu'il y ait un lien entre le confinement et cette récolte 2020 de miel" nous répond le président de la Fédération des unions des apiculteurs du Luxembourg (APIS).

D'abord, parce que l'hiver a été très clément et le printemps radieux. "La floraison a été très précoce" constate-t-il. Les abeilles ont donc eu moins de difficultés pour survivre et se nourrir...

Ensuite parce que "les agriculteurs n'ont pas arrêté d'aller dans les champs pendant le confinement", donc les abeilles n'ont pas bénéficié d'un arrêt de l'épandage de pesticides, fongicides et autres insecticides...

En plus, cet hiver, "on a eu une mortalitétrèsfaible des abeilles. On n'avait pas vu ça depuis au moins dix ans". 
Or, "le fait que les pertes dans les ruches diminuent d'années en année, c'est surtout grâce à la formation. Être apiculteur aujourd'hui est bien plus technique. Notamment le traitement contre le varroa(NDLR: un acarien qui fait des ravages dans les ruches) doit prendre en compte de nombreux facteurs, comme la température, la météo, le dosage... C'est une vraie science!"

L'APICULTURE EN PLEIN BOOM AU LUXEMBOURG

On le voit, face à la problématique des abeilles, l'homme peut à la fois être le problème et la solution. Au Luxembourg notamment, on voit que les efforts paient: "Fin 2014, on a engagé un conseiller en apiculture à plein temps, qui fait une centaine de formation par an, ce qui pour un petit pays comme le Luxembourg est énorme."

Ce boom de la formation, couplé avec diverses mesures environnementales, a produit des effets concrets: "Au printemps 2013, on avait 3.500 ruches et 290 apiculteurs au Luxembourg. J'attends encore les derniers résultats, mais à mon avis on va approcher les 8.000 ruches et les 500 apiculteurs cette année" se réjouit Jean-Paul Beck.

Quant à la productivité des ruches cette année au Luxembourg, il tient à nuancer: "Je n'ai pas encore récolté, mais dans mes ruches, la production est légèrement en-dessous de la moyenne, alors que d'autres ont déjà récolté il a trois semaines et ont eu un gros rendement. Ça peut beaucoup varier d'une région ou d'une commune à l'autre. Depuis des années il y a des récoltes monstres dans le norddupays, alors que dans le sud, ce n'est pas terrible."

COMMENT AIDER LES ABEILLES?

"Si on veut avoir un impact sur la production de miel, il faut que les gens plantentdes fleurs! Les jardins où il y a des gazons coupés à 2 cm, ça, c'est terrible pour les abeilles. Préservez un peu les pâquerettes, les petites fleurs... il faut qu'un jardin ne soit pas seulement du gazon, il faut qu'il soit coloré, sinon c'est un désert vert" rappelle Jean-Paul Beck.

Vous devez aussi bannir les produits toxiques de vos jardins, car la lutte contre la pollution est l'affaire de tous. Pour aider les abeilles sauvages et d'autres insectes pollinisateurs, vous pouvez leur offrir le gîte et le couvert en installant des maisons à insectes et des petits points d'eau.

Et par pitié, n'achetez plus de miel à l'origine incertaine et coupé au sucre industriel! Il y a forcément un apiculteur près de chez vous, ou des filières permettant d'acheter du miel régional. En faisant cela, non seulement vous vous faites du bien avec un vrai "alicament", mais en plus vous soutenez vosapiculteurs, donc vos abeilles!

Back to Top
CIM LOGO