Mineurs en prison"L'enfant de n'importe qui peut se retrouver dans une telle situation"

RTL Infos
Le cas d'une mineure de 13 ans à la prison à Schrassig fait grand bruit: "ça ne va pas du tout", a réagi la défenseure des droits au Luxembourg, Claudia Monti.

Dimanche à Diekirch, une adolescente de 13 ans seulement a blessé une autre mineure au bras avec une bouteille en verre brisée. Les images ont été filmées et partagées sur les réseaux sociaux. La jeune fille a été interpelée par la police et déférée devant le juge de la jeunesse. Ce dernier voulait placer la mineure à l'Unité de sécurité de Dreiborn, mais ce n'était pas possible.

"11 des 12 chambres étaient occupées et la dernière ne pouvait pas être utilisée à cause de rénovations", selon Gilles Dahmen, Premier conseiller au ministère de l'Education, de l'Enfance et de la Jeunesse. Comme l'a confirmé dans une interview à RTL Luxembourg la défenseure des droits, Claudia Monti, une chambre ne pouvait pas être utilisée pour des raisons de sécurité.

Il n'y aurait pas eu beaucoup d'autres alternatives, donc la mineure a été placée au Centre pénitentiaire pour adultes à Schrassig, comme l'avait fait savoir le parquet dimanche.

L'adolescente a été placée dans une cellule ordinaire de la section réservée aux femmes. On s'est cependant assuré qu'il n'y avait pas de contact entre la mineure et des adultes. Après une nuit passée à Schrassig, l'adolescente a pu rejoindre l'Unisec de Dreiborn, puisqu'une place s'y était libérée. "Il était prévu depuis longtemps qu'une place se libère à l'Unisec ce jour-là. Personne n'a été renvoyé de l'Unisec pour que l'adolescente y soit hébergée, même s'il y a de telles spéculations à l'extérieur", précise Claudia Monti.

Placer un mineur dans un centre pénitentiaire est toujours légalement autorisé au Luxembourg. Cela devrait changer avec la nouvelle loi sur la protection de la jeunesse et celle introduisant un droit pénal pour mineurs. Alors l'Unisec ne sera plus aussi surpeuplée, pense Gilles Dahmen: "Si ces deux choses sont proprement séparées, il sera défini beaucoup plus clairement qui va à l'Unisec et qui n'y va pas. Les cellules ne seront alors plus aussi vite remplies."

L'Unisec doit aussi être agrandie. Agrandir uniquement l'unité fermée ne serait toutefois pas une solution. "Nous savons par expérience, que plus il y a de places, plus il y a de gens emprisonnés. Nous le voyons aussi dans les prisons. Mais ce n'est pas l'objectif de la chose."

La défenseure des droits trouve aussi qu'il faudrait davantage travailler avec les mineurs et les encadrer de telle manière qu'ils puissent être réintégrés dans la société. "Je suis choquée par les déclarations de l'extérieur selon lesquelles elle est bien enfermée et devrait retourner dans son pays. Après tout, c'est une enfant et les gens ne connaissent pas le contexte. L'enfant de n'importe qui peut se retrouver dans une telle situation", souligne Claudia Monti.

Un phénomène inquiétant

A propos de la violence chez les jeunes, le ministère de l'Éducation, de l'Enfance et de la Jeunesse trouve qu'il s'agit d'un triste phénomène, qui se produit actuellement. En particulier, la propagation de tels délits sur les réseaux sociaux serait extrêmement difficile à contrôler. Pour des pédagogues, il serait presque impossible d'agir contre cela en ligne, d'après Gilles Dahmen.

Claudia Monti pense qu'il faudrait davantage réfléchir aux causes. Ainsi ce ne serait pas toujours la meilleure solution de placer directement des adolescents et de les retirer de leur famille. Et même s'ils sont placés, il faudrait plus coopérer avec les familles. En effet, les problèmes viennent souvent de là ou du cercle amical. Il faudrait découvrir le problème et y travailler et "pas seulement intervenir quand ça s'est passé."

A cause de telles actions, le Luxembourg ne serait pas respecté à l'étranger, car il n'est pas conforme aux droits de l'homme de mettre en prison des enfants et des adolescents.

Quand interviendront des changements concrets, comme l'entrée en vigueur des nouvelles lois ou le réaménagement de l'Unisec? Ni la défenseure des droits, ni le conseiller au ministère de l'Education n'ont pu répondre à la question.

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