
Si chaque enfant a droit à 20 heures gratuites de prise en charge en crèche par semaine, le tarif horaire de six euros payé par l’Etat, n’a jamais été adapté depuis son introduction il y a 11 ans, malgré l’inflation et l’index. C’est un problème majeur pour certaines crèches privées.
Véronique Glaesener est propriétaire de trois crèches. Elle emploie trente collaborateurs. Des enfants sont inscrits dans ses structures d’accueil. Et pourtant, il lui est difficile de joindre les deux bouts financièrement à la fin du mois: “Nous avons environ 15 à 20.000 euros de frais de plus qu’avant. C’est dû en partie aux frais de personnel, aux crédits, à la nourriture... tout a simplement un peu augmenté.”
Le tarif horaire de six euros pour les 20 heures de garde gratuites par semaine sert également de base à la participation financière des parents dans le cadre du chèque service accueil, pour le calcul des heures supplémentaires. Dans les crèches privées, il est d’usage que les parents paient encore un supplément. Dans cette crèche, ce supplément s’élève à 2,50 euros l’heure depuis 2022. En fait, il faudrait qu’elle l’augmente à nouveau, mais la propriétaire hésite. Les parents sont déjà beaucoup sollicités financièrement. Et il y a aussi la crainte de perdre des clients au profit de crèches conventionnées. C’est arrivé quelques fois l’an dernier. Après tout, la prise en charge ici, dans la structure privée, coûte 400 euros de plus par mois. “Nous ne sommes pas vraiment compétitifs par rapport aux crèches conventionnées”, dit Véronique Glaesener.
La FELSEA, la Fédération luxembourgeoise des services d’éducation et d’accueil pour enfants, considère cela d’une manière plus nuancée. Le marché a aussi besoin des crèches privées. “Je pense que les parents continueront de venir chez nous parce qu’ils recherchent quelque chose de différent, qu’ils ne trouvent peut-être pas chez les conventionnées. Une flexibilité, une offre différente d’une offre standardisée. C’est pourquoi je ne pense pas que nous avons là un problème à cause des six euros”, indique Paolo Fiorucci, vice-président de la FELSEA.
Un ajustement du tarif aurait facilité un certain nombre de choses, surtout pour les parents. Le secteur a toutefois besoin d’une solution plus durable. De préférence une plus grande flexibilité du système, de façon à pouvoir réagir plus rapidement en périodes de crise.
Le ministre de l’Education va plus loin et se demande si les crèches privées ne peuvent pas obtenir une sorte de conventionnement. “Nous les contrôlons déjà aujourd’hui, en ce qui concerne le bon fonctionnement pédagogique, peut-être pourrions-nous aussi obtenir un fonctionnement juridique, économique, un peu plus proche de celui des conventionnées”, déclare Claude Meisch.
Un sujet de discussion pour le prochain gouvernement. Pratiquement rien ne risque de changer de sitôt au tarif horaire de six euros, de sorte que les crèches en difficultés n’auront probablement pas d’autre choix que de répercuter l’inflation sur les parents.
Le reportage de RTL en langue luxembourgeoise: