Construction, alimentation, emplois menacésLe premier employeur du Luxembourg très inquiet face à la crise

Maurice Fick
Ce n'est pas la panique, mais le "navire" de l'artisanat -qui pèse 106.000 emplois- est touché par un sérieux début de crise et "navigue dans les turbulences". En particulier les secteurs de la construction et de l'alimentation, révèle ce jeudi la Chambre des métiers.

"On n'est pas dans le catastrophisme, mais la situation est corsée. C'est pas la joie!", tente d'amenuiser Tom Wirion, directeur général de la Chambre des métiers. Les chiffres-clés de l'artisanat pour 2022 dévoilés ce jeudi à Luxembourg-Kirchberg et la tendance mesurée auprès des entreprises début 2023, indiquent clairement qu'une crise touche actuellement "tous les secteurs"de l'artisanat.

Plusieurs indicateurs sont au rouge et des licenciements se profilent dans l'artisanat qui avait, jusqu'il y a peu, un déficit chronique de 10.000 postes à pourvoir au Luxembourg. La situation n'est pas encore alarmante, mais le pilier de l'économie luxembourgeoise, que représentent les plus de 8.500 entreprises et près de 105.000 salariés de l'artisanat, vacille.

Tom Wirion, directeur général de la Chambre des métiers:
Tom Wirion, directeur général de la Chambre des métiers:
© Luc Rollmann / RTL

En cause, la "polycrise". Lisez: la flambée des coûts des matières premières et des énergies, l'inflation, la multiplication des indexations de salaire, les hausses des taux d'intérêt, et de manière plus générale, le "climat d'incertitude généralisé" qui pèse aussi bien sur les consommateurs que sur les patrons de PME.

Des emplois sur la sellette

"Une entreprise sur cinq dit vouloir réduire ses effectifs en 2023. Ce sont surtout des non-remplacements de départs à la retraite", avance Max Urbany, conseiller économique à la Chambre des métiers.

L'enquête menée par la Chambre des métiers au cours du premier trimestre 2023 montre que c'est le secteur de l'alimentation qui sera le plus impacté: 31% des patrons pensent réduire le nombre de leurs salariés. Dans le secteur de la construction, ce sont 21% des entreprises qui reverront leurs effectif à la baisse en 2023.

Lors d'une réunion en fin de semaine passée avec le ministre des Classes Moyennes, Lex Delles, "les chefs d'entreprises du secteur de la construction ont confirmé que vu la situation, un départ en retraite n'est pas remplacé", lâche Tom Wirion.

Mais "Ce ne sont pas des licenciements pour l'instant", insiste-t-il. Mais après la vague de faillites chez les promoteurs et agents immobiliers au premier trimestre, est craint "l'effet domino. Car après les promoteurs vient la construction", note Max Urbany.

Les effets déjà ressentis de la crise 

La création d'entreprises a reculé de 71%, le nombre de cessations d'entreprises a doublé en un an et le nombre d'emplois créé a chuté de 30%, révèlent les chiffres-clés de l'artisanat 2022 rendus publics ce jeudi.

"Et la tendance pour les trois premiers mois de 2023 et encore moins bonne. Ce qui montre les effets de la crise", résume Tom Wirion. Concrètement, le nombre de faillites enregistré au premier trimestre 2023 est de "10% plus élevé" que l'an passé durant la même période.

Les effets de la crise, qui touche en premier lieu les micro-entreprises et les petites entreprises (de 9 à 49 salariés), se font ressentir dans les salons de coiffures et instituts de beauté où les clients laissent passer bien plus de temps entre deux rendez-vous.

Dans les garages la situation est compliquée à cause des délais de livraison, les incertitudes des clients qui ne savent plus quelle motorisation choisir ou encore qui hésitent à contracter un prêt vu la hausse des taux d'intérêts.

Dans tout le secteur de l'alimentation, qui englobe les boulangers, bouchers, traiteurs ou salons de consommation, est constatée une réduction de la dépense moyenne par visite: "Les gens achètent moins", assure Tom Oberweis, président de la Chambre des métiers. Il explique que le secteur est "opprimé par les prix des matières premières", comme par la charge des coûts salariaux.

Crise annoncée dans le secteur de la construction

La construction de logements est "le" secteur le plus impacté par la crise actuelle. "Sans être alarmiste, les perspectives sont peu favorables", note Tom Wirion.

Pas de doute, un "cocktail toxique de facteurs défavorables" qui a donné "des signes négatifs aux investisseurs" et des "indicateurs précurseurs alarmants" annoncent la crise.

Le volume du bâti autorisé a diminué de 22% et "quand on parle avec les notaires ce n'est pas une tendance qui va s'améliorer", lâche Tom Wirion. Plus concret pour les PME: 39% des entreprises et 56% des petites entreprises disent avoir un carnet de commandes plein pour trois mois seulement. "Ce n'est pas beaucoup. Un phénomène comme il n'y en n'a pas eu depuis des années au Luxembourg!"

Une "traversée du désert" s'annonce avec les constructions des logements en l'état futur d'achèvement (VEFA). Ces ventes sur plan ont diminué de 26% l'an passé.

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