
Le Luxembourg est l’un des seuls pays au monde à compter trois langues officielles : le luxembourgeois, le français et l’allemand. Une situation rare qui place le pays au cœur de plusieurs études.
Dans sa thèse, Lou Pepin, étudiant à l'université de Luxembourg, a décidé de se centrer sur une population bien précise : les frontaliers. Selon une étude de 2006, ils sont au cœur d’un conflit linguistique avec la langue luxembourgeoise. C’est pour cette raison que le chercheur a voulu apporter des éléments de réponse sur ce sujet, encore peu étudié dans le domaine académique.
Selon lui, la langue est un sujet central au Luxembourg. Pays multilingue, cette pluralité est de plus en plus remise en cause par la montée des partis conservateurs. Cependant avec le multilinguisme "la chance c’est qu’on peut toujours s’adapter".
La réalisation de sa thèse se compose de trois étapes. Il a dans un premier temps fait des recherches sur le sujet, avant de collecter des données quantitatives. Pour ce faire il a mis en ligne un questionnaire auquel vous pouvez répondre afin de faire avancer son travail. Pour écrire sa thèse, il finira par expliquer les données obtenues.

Cette thèse est innovante puisque peu d’études portent sur les frontaliers. À l’inverse une grande partie est consacrée aux attitudes linguistiques des Luxembourgeois et la façon dont ils perçoivent les frontaliers. Mais pour Lou Pepin "c'est important d’inclure tout le monde dans les études scientifiques".
Selon lui, les frontaliers sont vus positivement puisqu’ils participent à l’économie du Grand-Duché, mais ils sont en même temps perçus comme une menace. En effet, le manque d'intérêt pour le luxembourgeois est ressenti comme un danger par certains résidents qui ne veulent pas voir leur langue nationale disparaitre.
Mais pas de panique, d’après le chercheur, le luxembourgeois restera toujours la langue traditionnelle du pays. Il est de plus en plus utilisée sur les réseaux sociaux : "le luxembourgeois est plus fort que jamais".
Cependant, il n’est pas possible qu’elle devienne la langue numéro un: "Le luxembourgeois n’est plus vital, c'est le multilinguisme qui est central". Selon lui le but du multilinguisme ce n'est pas d'exclure certaines langues en particuliers comme certains partis conservateurs le prétendent, "la langue numéro un il n'y en a pas, c'est le multilinguisme".
Concernant les données dont il dispose actuellement, Lou Pepin nous indique que selon un rapport de 2022, 75% des frontaliers parlent français. Il s’agit donc de la première langue parlée par les frontaliers, devant l’allemand (31%) et l’anglais (29%). Cependant, les francophones parlent rarement d'autres langues, contrairement aux autres travailleurs étrangers. De plus, parmi les frontaliers, seuls 8,5% parlent luxembourgeois.
Ces aspects s’expliquent d’une part, par le fait qu’un grand nombre de frontaliers viennent directement de France ou de Belgique et parlent français. Mais d’autre part, Lou Pepin explique ces chiffres par les attitudes des étrangers qui ont une meilleure vision de certaines langues, comme le français, ce qui les pousse à choisir cette langue plus que l’allemand par exemple. Sa thèse devrait permettre d’expliquer sur quoi ces visions sont fondées.
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