
"Les électeurs se sont exprimés pour une autre politique", avait conclu au soir du 8 octobre 2023 Luc Frieden en référence au slogan de sa campagne électorale. Trois ans après les élections législatives et un retour gagnant du CSV, l'autre politique proposée jusqu'ici ne convainc plus l'électorat. L'érosion des intentions de vote en faveur du gouvernement Frieden, qui s'est rapidement dessinée au fil des sondages, se confirme bien. Si les électeurs devaient voter ce dimanche au Luxembourg, le CSV serait une nouvelle fois le grand perdant. De quoi inquiéter son leader providentiel à deux ans de nouvelles élections nationales.
La dégringolade du CSV amorcée il y a un an, confirmée par le coup de massue qui a fait chuter le CSV au plus bas dans les sondages au printemps, est certes stoppée. Début mai, le CSV était tombé à 21,8% des intentions de vote contre 29,8% lors des élections législatives de 2023. Six mois plus tard, comme le montre cette nouvelle "Sonndesfro" ("Question du dimanche") de l'institut Ilres commandée par RTL et le Wort, le parti chrétien-social remonte légèrement à 22,8% des intentions de vote.
Un score qui lui laisserait le titre de parti le plus important du pays en nombre de voix collectées, mais qui sanctionnerait durement le parti présidé par le Premier ministre, Luc Frieden, si les électeurs votaient ce dimanche. Le CSV perdrait sept points -ce qui est énorme pour des élections au Luxembourg- et, comme déjà au printemps, perdrait six sièges à la Chambre. Soit entre un et deux sièges dans chacune des quatre circonscriptions électorales. De 21 députés actuellement (sur 60), le CSV régresserait à 15 députés. Autant que le DP, son partenaire de coalition.
Le parti de l'actuel ministre des Affaires étrangères et ex-Premier ministre, Xavier Bettel, confirmerait sa belle prestation printanière dans ce même sondage. Avec 21,5% des intentions de vote, le parti démocratique était venu faire jeu égal avec le CSV. Ce qui serait toujours le cas cet automne (21,7%). Mais trois ans après les élections législatives, le DP s'en sortirait bien mieux que son partenaire, si on votait dimanche, car il gagnerait 2,5% de voix en plus et un siège supplémentaire au parlement.
Si les électeurs votaient ce dimanche, le LSAP perdrait des plumes cet automne: -2,7% des voix par rapport au mois de mai. C'est la baisse la plus nette pour un parti en six mois. Rappelons que sa figure de proue, la députée et ex-vice Première ministre, Paulette Lenert, qui était encore la personnalité politique la plus populaire du parti socialiste en juillet, a quitté la scène politique. Mais en trois ans, le LSAP gagnerait toutefois un siège au parlement pour y être représenté par 12 députés.
Le grand vainqueur serait incontestablement l'ADR. Le parti le plus à droite de l'échiquier politique luxembourgeois, présidé par Alexandra Schoos, ferait une percée inédite si on votait ce dimanche au Luxembourg. Après avoir passé la barre symbolique des 10% des votes au printemps (11,4% précisément), l'ADR continue son ascension dans les sondages. Le Parti réformiste d'alternative démocratique gagne encore 1,4% dans les intentions de vote en ce début d'automne.
Par rapport aux élections de 2023, il ferait un bond de 3,2% pour renforcer nettement sa position de quatrième parti du pays derrière le CSV, le DP et le LSAP. Mais la surprise, c'est que l'ADR disposerait de huit sièges à la Chambre ! C'est plus que son pic historique. L'ADR avait obtenu 11,3% des suffrages et décroché sept sièges au parlement suite aux élections législatives de 1999.
Sur ses talons, et c'est une autre surprise, on retrouverait les Verts. Comme déjà au printemps, le parti écologique, sanctionné aux législatives de 2023 (cinq sièges perdus) progresserait encore un peu (+0,5%) pour se refaire une santé et parvenir à 10% des bulletins de vote. Comme l'ADR, ils afficheraient la plus belle progression à la Chambre depuis octobre 2023 (+3 sièges) et seraient représentés par sept députés, au lieu de quatre actuellement. Ce serait une revanche.
Si ce sondage est légèrement plus favorable aux Pirates qu'au printemps (+0,2%), ils ne parviennent toutefois pas à redresser la barre. Trois ans après les élections législatives, les Pirates n'afficheraient ce dimanche que 4% des intentions de vote et perdraient deux sièges au parlement pour ne plus en disposer que d'un seul.
Déi Lénk (La Gauche), en revanche, obtiendrait 5,5% des voix et conserverait ses deux sièges à la Chambre des députés.
Ce nouveau sondage vient bousculer la répartition des forces politiques qui composent actuellement la Chambre des députés. Et parvient à la même conclusion qu'au printemps déjà: si on votait ce dimanche, le mariage entre le CSV et le DP ne tiendrait plus. Mathématiquement, les sièges du CSV (15) et ceux du DP (15) ne permettrait plus d'atteindre une majorité à la Chambre (31 sièges sur 60). À eux deux, ils disposent actuellement d'une large majorité (35 sièges). Comme le LSAP ne pèserait que 12 sièges, il ne pourrait à lui seul, être une alternative, comme c'était très souvent le cas par le passé.
Une coalition à trois deviendrait inévitable pour parvenir à former une majorité gouvernementale. Même si la formule "Gambia" (LSAP-DP-Verts) aux commandes de 2013 à 2023 donnerait une très confortable majorité (37 sièges), de nombreuses combinaisons politiques seraient possibles sur le papier. Dont deux avec l'ADR.
Cette "Sonndesfro" a aussi été l'occasion pour RTL et le Wort, de poser aux électeurs sept questions en lien direct avec l'actualité. Nous publions ici la première. Les six autres suivront mercredi 14 octobre à 17h00, date de publication de notre second volet de la Sonnesfro.
À l'image du RN (Rassemblement National) en France qui caracole en tête des sondages de l'élection présidentielle actuellement ou de l'AfD (Alternative für Deutschland) en Allemagne, les partis de droite populistes sont en pleine ascension.
Nous avons demandé aux électeurs s'ils pensaient qu’une telle évolution pourrait aussi se produire au Luxembourg ?
58% des électeurs le pensent. Et une majorité des électeurs de tous les partis confondus sont d'accord. Seuls 35% ne sont pas de cet avis.
C'est l'électorat de l'ADR qui est bien plus persuadé que la moyenne d'une évolution dans ce sens: ils sont 81% à le penser. Seuls les électeurs de déi Konservativ sont plus tranchants: 89% d'entre eux voient les choses évoluer dans ce sens. Au LSAP, ils sont 59%. Au DP, 57% et au CSV 54 %.
Les 25-45 ans sont 65% à le penser. Alors que la moitié des 65 ans et plus ne le pensent pas.
On notera que c'est au nord du pays, que les électeurs sont le plus persuadés de cette évolution (64%) et au sud, qu'ils en sont le moins convaincus (54%).
Ce sondage a été réalisé entre le 22 septembre et le 2 octobre 2026 par téléphone et en ligne auprès de 1.829 personnes en âge de voter. 1.149 interviews ont été faites par téléphone. 680 interviews ont été faites sur internet.
Retrouvez tous les détails sur le site de l'Autorité luxembourgeoise indépendante de l'audiovisuel Alia.lu.
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