
Quelle est la situation générale des magasins de meubles au Luxembourg? Des entreprises familiales peuvent-elles encore s'affirmer sur un marché de plus en plus impacté par de grands groupes internationaux et le commerce en ligne?
La FEDAM, la Fédération luxembourgeoise de l'ameublement est la confédération qui regroupe les marchands de meubles au Luxembourg. Elle compte actuellement environ 50 membres, dont une vingtaine peuvent être qualifiés d'entreprises luxembourgeoises traditionnelles.
Jean Seil, président de la FEDAM et propriétaire du magasin "Galerie Moderne", trouve un peu dommage que les magasins étrangers, qui font souvent partie d'une grande chaîne internationale, ne participent pas au Festival du meuble de la FEDAM. Mais personne ne peut y être forcé. En même temps, Jean Seil se rappelle que même à l'époque où il y avait plus de magasins luxembourgeois, tous ne participaient pas au Festival.
Ces dernières années, le secteur aurait profité de la crise du coronavirus, comme l'explique Jean-Pierre Thill, vice-président de la FEDAM et propriétaire des magasins "Miwwel Thill" et "Miwwel Oestreicher". Comme ils ne pouvaient plus voyager ou seulement avec de fortes restrictions, beaucoup de gens auraient décidé d'embellir leur intérieur. Avec pour conséquence une augmentation de 40% du chiffre d'affaires il y a deux ans. En 2020 et 2021, à cause de cette forte demande, les membres de la FEDAM auraient acheté 60.000 appareils de cuisine de plus qu'en temps normal auprès d'un certain fournisseur. Entretemps, le secteur serait toutefois revenu au niveau d'avant la pandémie.
Quant à l'impact de la guerre en Ukraine, il aurait commencé à s'affaiblir. Si les délais d'attente au début du conflit étaient dans certains cas supérieurs à 20 semaines, ils se seraient entre-temps stabilisés à environ 10 semaines. Cela proviendrait du fait que la production aurait été délocalisée de l'Ukraine et de la Pologne vers l'Europe occidentale. Cela aurait cependant pour conséquence une augmentation des coûts. L'allègement des restrictions liées au Covid en Chine aurait également un effet positif: les grands ports chinois fonctionneraient à nouveau pratiquement normalement.
La FEDAM n'est guère inquiète de la concurrence directe du grand magasin spécialisé dans la vente de meubles à monter, situé juste derrière la frontière belgo-luxembourgeoise. "Ce magasin existe à présent déjà depuis plusieurs années et nous sommes toujours là", dit Jean Seil. Ikea proposerait des produits d'une autre gamme de prix que la majorité des entreprises luxembourgeoises.
A propos du commerce en ligne, Jean-Pierre Thill considère que ce dernier n'a pas un aussi gros impact sur la vente de meubles que sur celle d'autres biens. Les clients potentiels s'informeraient certes en ligne au préalable, mais pour des produits plus chers, ils aimeraient les voir et les toucher avant de les acheter. Ce serait cependant un fait qu'aujourd'hui, moins de curieux se rendent en magasin simplement pour faire un tour et regarder.
En revanche, la FEDAM est préoccupée par l'évolution actuelle du marché du logement. Si avec la hausse des taux d'intérêt, moins de crédits sont accordés, on va moins construire et cela sera perceptible pour le secteur de l'ameublement, même si c'est avec un retard de trois à quatre ans. Au moins pour Jean Seil, ce n'est toutefois pas une fatalité. Il se peut également que ceux qui n'ont pas les moyens de s'acheter un nouvel appartement ou une nouvelle maison souhaitent rénover leur logement actuel. Le président de la FEDAM se montre en tout cas optimiste quant à l'avenir à moyen et long terme. Au Luxembourg, le nombre de magasins d'ameublement devrait rester globalement stable. D'abord parce que le taux d'immigration va rester élevé et ces gens qui arrivent au Luxembourg, ont à un moment donné besoin de meubles. En revanche, la proportion des entreprises dirigées par des Luxembourgeois pourrait encore légèrement baisser. Cela serait dû au fait qu'il n'y a pas toujours un successeur prêt à reprendre l'affaire.