
La ville de Diekirch est la plupart du temps associée à son défilé de carnaval (cavalcade) à son âne, emblème de la commune et bien sûr à la bière. Mais la cité au bord de la Sûre n’évoque guère le vin. Cela va bientôt changer. Depuis la semaine dernière, l’association “Dikrecher Wäifrënn” exploite un vignoble sur les pentes du Härebierg.
L’objectif est de faire revivre une ancienne tradition qui créera un sentiment d’identification avec la région, par-delà toutes les frontières sociales. Il s’agit également d’apporter une valeur ajoutée touristique et éducative. Si tout se passe comme prévu, les premiers raisins pourront être vendangés dans trois ans.
“An de Wangerten”, “iwwert de Wangerten”, “bei de Wangerten”, le terme “Wangerten” signifiant vignes, tous ces lieux-dits autour de Diekirch indiquent clairement que des raisins ont déjà été cultivés dans la région il y a quelques siècles. Et cela surtout sur le Härebierg, à quelques mètres seulement du site où le nouveau vignoble a été planté. Cet endroit était prédestiné à la culture de la vigne, selon le président de l’association “Dikrecher Wäifrënn”, Charel Konnen.
“Une exposition au soleil plein sud, ce qui signifie que nous avons le soleil du petit matin jusqu’à tard le soir. Nous avons une ventilation optimale, le vent vient de la vallée de la Sûre, nous avons donc également aménagé des mini-terrasses pour que la ventilation soit optimale et que les maladies fongiques n’aient aucune chance d’apparaître.”
De plus, il y a une quantité extrêmement élevée de calcaire dans les couches supérieures du sol, d’où les pieds de vigne vont extraire la majeure partie des minéraux. Quatre cépages seront plantés sur 30 ares, ils portent des noms plutôt exotiques, comme le Souvinier Gris, le Divico, le Pinot Nova et le Johanniter.
“Ce dernier, par exemple, est un Riesling croisé avec un Pinot gris. Et donc toutes ces variétés ont des noms un peu exotiques, mais les grandes familles de vins qui existent au Luxembourg et aussi en Europe en sont toujours la base et grâce à des hybridations supplémentaires, elles deviennent résistantes.”
Il s’agit de cépages dit Piwi, c’est-à-dire des cépages résistants aux champignons. De ce fait, ils n’ont pratiquement pas besoin d’être pulvérisés et répondent aux critères biologiques.
Grâce à la présence d’une végétation permanente aux alentours, qui agit comme un réservoir de CO2, les vignes ont une empreinte CO2 encore plus faible. Mais au niveau nature, il y a deux autres éléments positifs:
“Le deuxième point positif est que des abeilles et d’autres insectes vont s’installer sur ce site et que le nombre de vers dans la terre va augmenter. C’est le deuxième point positif, celui de la biodiversité. Et le troisième point, c’est qu’en pulvérisant moins, on utilise moins de pesticides. Cela signifie que nous avons une réduction de 80% des pesticides par rapport aux vignobles traditionnels. C’est aussi la raison pour laquelle nous protégeons le sol et les eaux souterraines.”
C’est pourquoi le vin sera commercialisé sous le nouveau label “Bio Triple Plus”. Le projet est soutenu financièrement et matériellement par la mairie de Diekirch et par le ministère de l’Agriculture et de la Viticulture. L’entretien des vignes sera assuré par l’ASBL “Gaart an Heem” et la promotion du vin une fois tiré, par l’association “Al Dikkrich”.
Charel Konnen est optimiste et espère que les raisins du millier de pieds de vigne plantés donneront leur premier vin précoce (“Fiederwäissen”) dans trois ans et leur premier rosé dans quatre ans. Il n’existe pas encore de cave dédiée, mais les promoteurs du projet en trouveront certainement une d’ici-là.
Le projet a été lancé sous le nom de “DiWäin”, il n’est toutefois pas encore certain que c’est le nom qui figurera sur l’étiquette. Ajoutons pour finir qu’un lien existe bien entre l’âne, mascotte de la Ville de Diekirch et le vin: au temps des premiers vignobles dans la cité, les ânes étaient utilisés pour entretenir les vignes.