
"L'acte de vandalisme commis au domicile de Léon Gloden est absolument inacceptable." Il y a d'autres moyens pour montrer son désaccord avec un responsable politique. Mais "les réactions du ministre" à l'égard du milieu artistique sont "extrêmement préoccupantes", trouve la députée. Les artistes ont "une liberté d’expression particulière", a dit la députée verte Sam Tanson mardi sur RTL.
Dans une interview accordée la semaine dernière à l'Essentiel, Léon Gloden avait reproché "au milieu artistique en général et à Serge Tonnar en particulier", d'avoir provoqué les actes de vandalisme commis à son domicile et sur la voiture de son fils. Le chanteur avait publié sur les réseaux sociaux un poème et un photomontage satiriques dénonçant l'interdiction de la mendicité.
Il y a une importante jurisprudence, notamment luxembourgeoise, sur la question de savoir jusqu’où peuvent aller l’art et la satire. Mais la députée verte a trouvé le poème de Serge Tonnar "tout à fait inoffensif" sur ce plan. Ni le poème ni le photomontage "ne l'ont interpelée." En tout cas, elle n'y a pas lu le "côté limite" que le ministre y a lu, selon Sam Tanson.
L'ex-ministre de la Justice n'a pas vu d'"infraction" dans la divulgation par le ministre des Affaires intérieures de détails sur une enquête en cours. Dans l'interview précitée, Léon Gloden avait en effet déclaré que des empreintes digitales avaient été relevées sur les roues de la voiture de son fils. "Quant à savoir si c'est heureux, c'est une autre question."
A propos de l'interdiction de la mendicité dans la capitale, justement, de nombreuses questions restent en suspens, notamment sur le plan juridique. "La Ville de Luxembourg peut-elle décider elle-même une telle interdiction ou faut-il une loi?" Comment sera mise en oeuvre cette interdiction concrètement sur le terrain par la police? C'est pourquoi déi Gréng ont demandé officiellement une commission jointe de la Justice et de la Sécurité intérieure à la Chambre.
Sur le plan politique, "il faut se demander si l'on veut vivre dans une société où l'on dit qu'on ne veut pas voir les pauvres et ceux qui mendient dans les lieux publics." "Ce n'est pas possible", disent les Verts. "Mendier et demander de l'aide, c'est aussi vieux que l'humanité." C'est donc la mauvaise façon d'aborder le problème. Par ailleurs, la Ville de Luxembourg s'est donnée beaucoup de mal pour la formulation. Elle pratique "un double langage", selon Sam Tanson. D'une part les responsables politiques disent qu'il s'agit seulement d'interdire la "mendicité organisée ou agressive". D'autre part, le texte du règlement ainsi que les dépliants distribués, ne font pas de nuance et mentionnent "toutes les formes de mendicité".
A propos du projet de comparution immédiate lancé par le nouveau gouvernement, une mesure visant à juger plus rapidement la petite criminalité, l'ex-ministre de la Justice est sceptique. Elle connaît le système en France et "c'est de l'abattage", selon Sam Tanson. "L'accusé comparaît immédiatement devant le juge et les audiences se poursuivent jusque tard dans la nuit. L'avocat n'a pas le temps d'examiner correctement le dossier." "La France n'est pas connue pour ne pas avoir de problème de criminalité. Il faut par conséquent se poser la question de l'efficacité" de la procédure.
Sam Tanson admet qu'en matière de procédure pénale, il est encore possible d'accélérer les choses. Elle y a travaillé ces dernières années, mais dans le respect des droits fondamentaux des personnes. Ce qui implique aussi "le droit de préparer une défense correcte". "Ce n'est pas possible si vous comparaissez le jour-même devant un juge." La députée verte attend de voir quelle proposition présentera la nouvelle ministre de la Justice et elle est curieuse de l'avis des magistrats.