Plainte d'AB InBEVLa fusion Munhowen - Boissons Heintz soumise au contrôle de la Commission européenne

Marc Hoscheid
Début février était annoncée la fusion des dépositaires Boissons Heintz et Munhowen. La Commission européenne va contrôler cette opération de concentration.
L'entrepôt de Munhowen à Ehlerange.
L’entrepôt de Munhowen à Ehlerange.
© Marc Hoscheid

La fusion entre Boissons Heintz et Munhowen a été officialisée début février. L’annonce de ce contrôle étonne la société Munhowen. Comme cette dernière l’a écrit dans un communiqué, c’est la première fois que la Commission européenne contrôle une fusion de deux acteurs régionaux dont le chiffre d’affaires cumulé est inférieur à 130 millions d’euros. En fait, si la Commission s’occupe de ce dossier, c’est parce que l’Autorité luxembourgeoise de la concurrence a demandé un renvoi. Son président, Pierre Barthelmé, explique les conditions qui justifient cette demande:

“C’est un fait qu’en Europe, chaque état membre, si le seuil de sa réglementation de contrôle des fusions n’est pas atteint, mais qu’il pense qu’une fusion peut quand même avoir un impact sur le marché national, ou que cette fusion peut avoir un impact sur le commerce entre états membres, alors chaque état membre a la possibilité de demander un renvoi de cette fusion auprès de la Commission.”

Dans le cas qui nous occupe, il faut ajouter que le Grand-Duché ne dispose d’aucune réglementation de contrôle des opérations de concentration, c’est-à-dire d’aucune réglementation sur les fusions d’entreprises. Par conséquent, il n’y a aucun seuil minimum. Quant à une éventuelle position de monopole, elle n’est pas interdite, mais elle est problématique si elle est utilisée pour provoquer un abus et empêcher toute concurrence accrue sur le marché. Ce risque semble être perçu tant au niveau de l’Autorité luxembourgeoise de la concurrence que de la Commission européenne. En même temps, Pierre Barthelmé souligne qu’un contrôle par la Commission peut aussi s’avérer positif pour les entreprises.

L’Autorité de la concurrence a donc analysé l’impact de l’opération de concentration sur le marché des boissons. Elle peut s’autosaisir si l’une des entreprises qui fusionnent, l’y incite ou elle peut être saisie sur dénonciation d’un concurrent. Dans ce cas, il y a bien eu dénonciation, mais par qui?

Tout le monde sait qu’il y a eu réclamation. Notre collègue de RTL a demandé à la directrice générale de Munhowen, Isabelle Lentz, si c’était une chose qu’elle craignait.

“Nous n’excluons absolument pas qu’un confrère puisse définitivement déposer une plainte.”

Question suivante: “Avez-vous un nom particulier en tête?”

Isabelle Lentz: “Un.”

Question suivante: “Et quel est son nom?”

Isabelle Lentz: “Un très gros.”

Le siège de Munhowen à Ehlerange.
Le siège de Munhowen à Ehlerange.
© Marc Hoscheid

Il peut s’agir d’AB InBEV. Avec 200.000 salariés et un chiffre d’affaires de 54 milliards d’euros, il s’agit du plus grand groupe brassicole au monde, dont fait également partie la Brasserie Diekirch. Munhowen a effectivement annoncé qu’AB InBEV a déposé plainte contre la fusion. Mais à propos de la situation de concurrence, il faut savoir que plusieurs tierces parties se sont manifestées. On pense bien sûr à la Brasserie Simon. Sa directrice générale, Betty Fontaine, ne souhaite toutefois pas révéler si elle en faisait partie. Elle comprend cependant la démarche d’AB InBEV:

“La Brasserie de Diekirch avait au fond une alliance plus large avec Boissons Heintz, ils étaient aussi actionnaires. Si Heintz n’est plus indépendant mais devient Munhowen, je pense que Munhowen a le plus grand intérêt à vendre les bières qu’ils produisent eux-mêmes. Il y aura donc probablement une tentative de remplacer le marché des bières Diekirch par celui des bières de la maison Munhowen.”

Actuellement des publicités pour des produits Diekirch figurent encore sur les camions de Heintz, comme ici sur le site de Hosingen.
Actuellement des publicités pour des produits Diekirch figurent encore sur les camions de Heintz, comme ici sur le site de Hosingen.
© Marc Hoscheid

La nouvelle entreprise couvrira 80 à 85% du marché, il n’est donc pas inutile de contrôler la fusion. Et cela aussi dans l’intérêt du secteur horeca et du consommateur final. RTL souhaitait également s’entretenir avec un responsable de la Brasserie Diekirch, mais n’a obtenu aucune réponse à ses questions.

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