
"La frustration est extrêmement élevée chez les jeunes." Les prix élevés du logement privent de plus en plus de jeunes de la perspective de construire leur propre vie au Luxembourg. Pour attirer l’attention sur cette situation, un collectif regroupant 13 organisations de jeunesse s’est constitué et a appelé à une première manifestation devant la Chambre des députés, le mardi 27 octobre à 15h. Voilà ce qu'est venu expliquer lundi matin sur RTL l’un de leurs représentants, Maxime Pantaleoni.
Outre des mesures concrètes pour lutter contre la hausse des loyers, ces organisations réclament également la création d’une commission nationale chargée de coordonner la lutte contre la crise du logement.
De nombreux jeunes ne peuvent plus se permettre d’acheter un logement, mais les loyers deviennent eux aussi de plus en plus difficiles à assumer. Cette année, les loyers ont augmenté en moyenne de 6 %, et même de 11 % dans le sud du pays.
Pour illustrer la situation, Maxime Pantaleoni a cité l’exemple d’une amie. Après cinq années d’études de droit à l’étranger, cette jeune femme a commencé à travailler dans un cabinet d’avocats au Luxembourg. Avec un salaire net de départ de 2.400 euros, une simple chambre en ville à 1.300 euros absorbe déjà une grande partie de ses revenus. Pour disposer d’un logement avec sa propre salle de bain, il faudrait même débourser environ 1.800 euros par mois.
Maxime Pantaleoni a également évoqué le cas d’une infirmière du CHL. Malgré un salaire net d’environ 3.500 euros, elle a quitté le Luxembourg en raison du coût très élevé du logement. Au départ, elle payait 1.800 euros pour une chambre avec salle de bain dans le quartier de la Gare. Elle s’est ensuite installée de l’autre côté de la frontière, mais elle en avait assez de passer ses matinées dans les embouteillages. Entre-temps, elle a déménagé dans le sud de la France. Là-bas, "elle gagne moins d’argent, mais il lui en reste davantage à la fin du mois". Pour un secteur comme celui de la santé, qui a un besoin urgent de personnel, une telle évolution serait "fatale".
L’une des principales revendications du collectif est "la création d’une commission nationale chargée de la lutte contre la crise du logement". Celle-ci devrait se réunir une fois par mois sous la présidence du Premier ministre. Elle rassemblerait, par exemple, les ministres compétents, des représentants des communes via le Syvicol ainsi que des banques. L’objectif serait d’élaborer un plan qui dépasse le cadre d’une seule législature. Cette commission aurait pour mission de coordonner la mise en œuvre des mesures et de veiller à ce que la pression en faveur de solutions durables reste constante.
Interrogé sur le fait de savoir si une commission supplémentaire pourrait réellement apporter des améliorations concrètes, Maxime Pantaleoni a souligné qu’il s’agissait avant tout d’assurer une concertation régulière entre les différents acteurs et de maintenir une prise de conscience commune de l’urgence de la situation.
Le collectif réclame également une réforme de la loi sur les loyers afin de lutter contre les loyers excessifs. Maxime Pantaleoni s’est prononcé en faveur d’un véritable "encadrement des loyers". Les modalités précises de cette mesure doivent toutefois encore être discutées avec les autres organisations de jeunesse.
Une autre revendication concerne la création d’un registre national des logements vacants, qui servirait de base à une taxation des logements inoccupés. Les communes devraient assumer leur part de responsabilité dans ce domaine.
Au total, le collectif prévoit de publier prochainement 13 revendications.
Par ailleurs, Maxime Pantaleoni a salué les mesures prises par le gouvernement, notamment l’augmentation du Bëllegen Akt. Il s’est toutefois montré plus sceptique quant aux avantages fiscaux accordés aux investisseurs. Selon lui, il reste à voir si ces mesures produiront réellement les effets souhaités. À ses yeux, des dispositifs similaires mis en place par les gouvernements précédents n’ont pas apporté de résultats suffisants.
Le collectif appelle donc à un changement de mentalité collectif et à une urgence plus marquée dans la manière d’aborder la crise du logement.
La mobilisation trouve son origine dans une conférence de presse commune organisée par cinq organisations politiques de jeunesse, au cours de laquelle douze revendications ont été présentées. Par la suite, les Jeunes Socialistes, les Jeunes de déi Lénk et les Jeunes Verts ont décidé de "passer à l’action sur le terrain"et de prendre contact avec d’autres organisations. Selon Maxime Pantaleoni, le collectif rassemble désormais un large éventail d’opinions politiques.
L’objectif est de défendre les perspectives de l’ensemble de la jeunesse. D’autres organisations de jeunesse peuvent encore rejoindre l’initiative. En revanche, jusqu’à présent, les organisations de jeunesse des partis de la coalition gouvernementale ne se sont pas associées à cette mobilisation.
Pour Maxime Pantaleoni, la crise du logement a également des conséquences sur le plan sociétal. Les jeunes qui sont contraints de s’installer à l’étranger en raison des prix élevés perdent du temps et de l’énergie à cause des longs trajets et des embouteillages. Cela peut les amener à participer moins activement à la vie sociale au Luxembourg. La situation est particulièrement préoccupante lorsque de jeunes familles ne voient plus de perspectives au Luxembourg. Selon lui, cela constitue une perte pour l’ensemble de la société.
En référence à ce qui se passe à l’étranger, il a souligné que la manifestation prévue au Luxembourg se déroulera de manière pacifique. L’objectif est "de sensibiliser davantage les jeunes en leur montrant qu’il faut parfois descendre dans la rue pour défendre ses droits lorsque l’on veut que les choses changent".
Cette action ne devrait d’ailleurs pas rester sans suite. Maxime Pantaleoni n’a pas encore précisé quelles autres actions de mobilisation sont envisagées. Le collectif entend toutefois poursuivre sa collaboration sur le long terme, suivre l’évolution de la situation politique et maintenir la pression afin d’obtenir des améliorations concrètes.