Restrictions"J'ai peur de devoir fermer mon école"

Maurice Fick
Les écoles de danse se sentent "oubliées" par le gouvernement. Elles ne comprennent pas pourquoi elles ont dû fermer leurs portes alors que les cours continuent dans les conservatoires. Témoignage.
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"Depuis mars je ne vis plus, j'ai peur de ne pas y arriver", raconte Sabrina Iacovazzi qui gère l'école de danse éponyme à Strassen. Elle a les larmes aux yeux. Indépendante depuis quinze ans, elle vient de traverser la tempête covid depuis mars mais n'en voit plus le bout depuis que les nouvelles restrictions ont contraint les écoles de danse, des sociétés privées donc, de fermer leurs salles.

Une question la taraude au même titre que les 12 écoles de danse et que la confédératon nationale de danse du Luxembourg: "Pourquoi les conservatoires peuvent-ils continuer leur formation danse dans des conditions sanitaires comparables à celles des écoles de danse privées ?", s'interrogent-elles dans une missive commune adressée à la presse à défaut d'avoir eu jusqu'ici une réponse ministérielle.

Le ministère de la Culture, ainsi que les ministères de l’Éducation nationales et des Sports ont précisé que "nous ne faisons parti d’aucun des domaines dont ils ont la charge", assurent les écoles de danse indépendantes qui font cause commune sous l'impulsion de Li Marteling et de Cathy Moes de l'école de danse à Luxembourg-Merl. Les gérants des écoles de danse ont "l'impression que le gouvernement luxembourgeois les a simplement oubliés".

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A l'incompréhension du "deux poids, deux mesures", s'ajoute celle d'avoir fait tous les efforts demandés pour respecter les mesures sanitaires covid mais en vain. "Il y a des désinfectants partout. Le 10 septembre j'ai fermé les vestiaires pour être sûre et j'ai créé une entrée et une sortie. Ce n'est qu'une fois sur le scotch, marquant au sol la distance de sécurité de 2 mètres, qu'on peut enlever son masque", raconte Sabrina Iacovazzi. Des efforts qui n'ont pas empêché l'école de fermer depuis l'entrée en vigueur des nouvelles mesures le jeudi 26 novembre.

Fortes de leurs efforts contre la propagation de la pandémie, les écoles de danse ont réclamé au ministère de l'Economie leur réouverture. Mais ont essuyé une réponse négative "en référence à l’interdiction de la pratique de la «culture physique» formulée par le ministère des Sports". La même activité est qualifiée d’«éducation physique» au sein du conservatoire.

Les cours proposés au conservatoire "sont à considérer dans le cadre des activités scolaires et sont donc autorisés", précise ce mercredi le ministère de la Santé.

Alors que la danse "est considérée comme une activité physique à l’instar du yoga ou du fitness et non comme une activité récréative. Ce genre d’activité présente de surcroît le désavantage qu’elle implique un contact étroit avec son partenaire de danse multipliant ainsi les risques d’une contagion. Il en résulte que cette activité est interdite".

SAUVÉE PAR LES PARENTS ET NON LES AIDES ÉTATIQUES

Le ministère des Classes Moyennes souligne que les écoles de danse peuvent bénéficier des nouvelles mesures de soutien face au covid-19 et sont éligibles à l'aide de relance ou à l'aide coûts non couverts, les deux n'étant pas cumulables.

"Lors du premier confinement les aides ne suffisaient pas. Au 3e trimestre (avril à juin), ce sont les parents qui m'ont sauvé financièrement et non l'aide de l'Etat!", s'emballe Sabrina Iacovazzi.

Aujourd'hui elle redoute plus que tout la fermeture. "Toutes les écoles ont perdu beaucoup d'inscrits depuis les vacances d'été. Personnellement j'ai presque perdu un tiers des personnes qui venaient à mes cours", témoigne Sabrina. Et la tendance sanitaire n'est pas faite pour rassurer.

La danseuse professionnelle craint une nouvelle chute drastique des effectifs en janvier, début du 2e trimestre. Elle est d'avis que "les gens auront peur car ils savent très bien qu'on ne pourra pas rouvrir normalement". En attendant, son loyer, ses frais fixes et son abonnement internet, pris pour proposer des cours via vidéo, continuent de plomber ses finances.

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