A la halte de nuit pour sans-abris"Ici je n'ai pas besoin d'avoir peur"

Anne Wolff
Moins 10 degrés la nuit dernière: ces températures glaciales peuvent être dangereuses particulièrement pour les gens vivant dans la rue.
© Caritas

Luxembourg-ville compte un certain nombre de structures qui offrent un hébergement aux sans-abris. L'une d'entre elles est la halte de nuit "L'Espoir" à Bonnevoie, et elle n'est pas seulement bondée l'hiver.

Bonnevoie, 6 heures du matin. A cette heure-là et par une température de -10 degrés, personne ne traîne dans la rue sans y être obligé. La halte de nuit "L'Espoir" de l'ASBL Caritas est située dans une rue adjacente. Aucun panneau ne figure sur la maison, afin de garantir l'anonymat aux personnes qui bénéficient de cette offre.

Alain se tient devant la porte. Il est le premier résident à se lever si tôt le matin.

"Imaginez-vous, j'ai 56 ans et j'avais une vie normale, j'avais un travail et j'avais un domicile, où je rentrais après le travail, je pouvais décider de ce que je mangeais le soir et quand je prenais une douche", raconte Alain. A la halte de nuit, vous obtenez de l'aide pour reprendre pied si vous le voulez. Mais ce n'est pas une obligation.

Alain a un lit ici depuis novembre. Auparavant il a déjà dormi dehors par -10 degrés, mais c'est dangereux, on est réveillé parce qu'on a le sentiment que sinon on meurt dans le froid. La demande d'hébergement est grande: à l'Espoir, 17 hommes dorment dans deux chambres sur des lits de camp. La halte de nuit doit déjà refuser du monde, car il n’y a plus de place. Les femmes sont hébergées dans un autre bâtiment, là aussi, tous les lits sont occupés.

Les haltes de nuits fonctionnent par l'intermédiaire d'une permanence sociale, qui se tient deux fois par semaine. Vous ne pouvez donc pas vous présenter le soir à la porte et demander un lit. La possibilité de dormir est à plus long terme et les résidents n'ont pas besoin de demander un lit tous les jours. Ils ont une caisse dans la chambre, où ils peuvent ranger leurs affaires personnelles. Ils peuvent aussi remettre leur linge sale à L‘Espoir et recevoir de l'aide pour leurs démarches administratives.

"Nous cherchons à réactiver des ressources financières. Par exemple, la personne a-t-elle droit à un revis ou éventuellement à une pension?", explique Pascal Lambertz. Il travaille depuis 22 ans chez Caritas et il coordonne les deux structures. Il est plutôt rare qu'un sans-abri retrouve le centre de la société.

Déjà avec un appartement, cela devient difficile quand vous percevez seulement un revis. Et sans adresse fixe, pas d'argent. En outre, les personnes qui sont dans la rue depuis longtemps peuvent également souffrir de maladies mentales et avoir des difficultés à se retrouver dans une vie normale avec d'autres personnes.

7h30, c'est l'heure du café à la halte de nuit. A 8h00, tout le monde doit être sorti. La structure est principalement destinée aux personnes âgées ou aux personnes ayant des problèmes de santé. Alain souffre du coeur. Ici, il se sent en sécurité: "Ici je n'ai pas besoin d'avoir peur que mes médicaments soient volés, mes papiers, mon portefeuille, mes vêtements, mon sac à dos soient volés. Ce sont les problèmes qu'on a dans la rue, ici, au Luxembourg, dans le pays le plus riche du monde."

© Caritas

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