Mobilité au LuxembourgFrançois Bausch: "Le but, c'est de déplacer les humains, pas les véhicules"

Maurice Fick
La place de la voiture, du vélo, l'intermodalité, le covoiturage... Ancien ministre vert de la Mobilité et défenseur du tram, François Bausch, estime qu'au Luxembourg "il faut changer le système de transport en général", à l'heure où le réchauffement climatique est devenu réalité. À l'occasion de la semaine européenne de la mobilité, il répond aux questions de RTL Infos.
© Domingos Oliveira / RTL

Quelle est la solution pour le climat, la qualité de vie et la ville de demain ?

François Bausch: "La solution c'est de créer des villes qui sont là pour les citoyens et les citoyennes, pour les gens qui vivent dans les villes ou qui les visitent. La mobilité doit y est organisée d'une façon qui rejoint l'urbanisme de la ville, c'est-à-dire la qualité de vie de la ville. Pour que ça fonctionne, il importe de regarder comment les gens veulent se déplacer de A vers B et de voir quels sont les meilleurs instruments de mobilité à utiliser, pour les combiner entre eux. Les villes, en général, sont encore trop fixées sur un ou deux modes de mobilité. La solution ne réside pas dans un one-shot, mais dans la combinaison de tous les modes de transport qui existent.

Il faut rattraper le retard pour tous les modes de transport dans lesquels, au cours des 50 dernières années, on n'a pas assez investi et qui sont le transport en commun, le vélo, la marche à pied. Il faut y investir davantage pour augmenter la qualité. Car personne ne passe d'un mode de transport vers un autre, ou ne décide de combiner plusieurs modes de transport, si la qualité n'est identique pour tous les modes de transport".

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Selon vous il y a une urgence à agir...

François Bausch: "Oui, il y a urgence pour plusieurs raisons. La première, c'est évidemment que, d'un point de vue du fonctionnement de la ville, de la qualité de la vie dans les villes, on ne peut plus continuer à planifier ou à organiser la ville d'un point de vue de mobilité comme on l'a fait dans les années 1960, par exemple. Mais les solutions existent pour changer. Et on a tous à gagner, si on change le système de transport en général.

La deuxième raison, c'est évidemment le climat. Si on veut arriver à décarboniser notre société, le transport joue un rôle prépondérant car 25% des émissions de CO2 proviennent du secteur des transports et celui du transport des personnes représente une part importante.

La troisième raison est que si on veut que l'espace urbain fonctionne dans le futur, il faut changer le système parce qu'aujourd'hui, on constate que les villes qui sont aussi économiquement les plus compétitives au monde, sont celles qui ont changé l'organisation de leur mobilité. Elles sont passées d'un système basé uniquement sur la voiture individuelle, vers un système multimodal. Ce sont les villes qui sont gagnantes aujourd'hui. Elles sont considérées comme intéressantes pour investir. Comme Copenhague et beaucoup de villes nordiques, par exemple".

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Comment faudrait-il repenser la mobilité au Luxembourg ?

François Bausch: "Pour moi, le Luxembourg, en tant que pays, c'est comme un grand espace urbain. Évidemment, il y a des paysages rurals, des zones rurales, il y a des secteurs comme dans le nord, où c'est plus rural, mais les chemins sont assez courts.

En fait, quand on regarde combien de kilomètres on peut faire à l'intérieur du pays, c'est quand même court par rapport à d'autres pays. Et c'est comparable à d'autres espaces urbains. Il faut seulement penser la mobilité dans le sens qu'il faut déplacer des humains. Il y a un besoin de mobilité des gens.

Chaque personne qui se déplace, se déplace pour un but certain. Le but peut être le travail, les loisirs, peut-être se promener, peu importe. Alors, il faut effectivement offrir un système de mobilité qui est façonné de tele sorte que le gens puissent optimalement combiner tous les modes de transport pour se déplacer de A vers B, parce que le but, c'est de déplacer les humains, et pas les véhicules".

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Quelle place faut-il définitivement accorder à la voiture ?

François Bausch: "La voiture restera évidemment un élément de transport dans le système de mobilité, mais un parmi d'autres. Il faudrait que l'espace public soit partagé entre la voiture, le piéton, le cycliste, le tram, le train, entre tous les modes de transport qui existent. L'exclusivité de la route pour la voiture, ça doit être fini.

Il faut aussi réfléchir par rapport au nombre de personnes assises dans les voitures. Quand je regarde le matin dans les embouteillages et je constate que dans des milliers de voitures, il n'y a qu'une seule personne qui y est assise alors qu'il y a 4 ou 5 places disponibles, c'est pas très efficace. Sans parletr des tonnes de métal déplacé pour une seule personne. Ce sont vraiment des éléments à prendre en considération aujourd'hui.

Je crois que le rôle de la voiture va changer. Parce que quand l'offre des transports en commun est bonne, quand l'offre pour les piétons et les cyclistes est d'une bonne qualité, les gens prennent les transports en commun. La première ligne de tram de 16 km construite à Luxembourg-Ville est un bon exemple: on est aux alentours de 130.000 à 140.000 personnes transportées par jour. Alors qu'il y a 15 ans, quand on a démarré la planification du tram, je me souviens de l'opposition et surtout des préjugés qu'il y a eu contre ce mode de transport. On a bien démontré que si le tram circule sur site propre, avec des cadence élevés, un intérieur de bonne qualité, et s'il est bien combiné avec les autres moteurs de transport, les gens l'utilisent".

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C'est votre leitmotiv: si l'offre est attractive, ça fonctionne...

François Bausch: "On l'a rendu attractive pour la voiture toutes ces dizaines d'années depuis la guerre! Quand on a discuté du tram au début, des gens ont voulu me convaincre que le tram devait se partager l'infrastructure avec les bus ou d'autres moteurs de transport. J'ai dit non, le tram doit avoir son site propre sur tout le tracé. Et c'est ça qui permet aujourd'hui la cadence de trois minutes aux heures de pointe, avec des rames remplies. Les gens aiment prendre ce mode de transport parce qu'il n'y a rien qui gêne".

C'est le problème des cyclistes en ville. Ils manquent de pistes dédiées au vélo de bout en bout, non ?

François Bausch: "Aujourd'hui, le vélo est en pleine ascension. Mais si l'infrastructure ne suit pas, qu'est-ce qui va y arriver ? Le vélo va se chercher d'autres alternatives et finalement il va rentrer en conflit avec les piétons, ce qui est catastrophique, ils roulent sur les trottoirs, etc. C'est pour ça qu'il faut créer des infrastructures propres aux vélos ou sinon des rues dans des quartiers où la vitesse de la voiture est très réduite, à 30 km par exemple. En limitant la vitesse de la voiture, le risque devient plus faible. Il faut donner envie avec une infrastructure propre sécurisée pour que les gens puissent se promener en ville avec le vélo, avec leurs enfants, etc".

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Est-ce que vous êtes pour que le tram aille jusqu'à Strassen ?

François Bausch: "Bien sûr, je suis pour. C'était déjà inscrit dans le plan de mobilité de 2035. Et si on arrive tout de suite à continuer jusqu'à la Belle Étoile, même jusqu'à Mamer, c'est bien. Il y a un potentiel énorme dans les communes de Strassen et de Bertrange pour le tram, c'est clair. Ces deux communes sont presque collées à la capitale. Et il n'y a pas seulement beaucoup d'habitants, mais aussi beaucoup d'emplois. D'où le potentiel énorme pour ce tram. Je suis sûr que quand il sera construit par exemple jusqu'à la Belle Étoile, il sera rempli.

Le tram passera route d'Arlon, ce qui va réduire l'espace pour la voiture. Ce qui signifie que ça va décourager les gens qui transitent par la route d'Arlon et qui ne veulent ni aller à Bertrange, ni à Strassen, ni même à Luxembourg-Ville, mais qui prennent cette route parce qu'elle est là. L'ambiance sera tout à fait différente. Regardez l'Avenue de la Liberté aujourd'hui. Il n'y a pas d'embouteillages parce que les gens qui n'ont rien à faire dans le quartier, évitent cet axe".

Quel est votre message aux décideurs politiques d'aujourd'hui ?

François Bausch: "Mon message est, d'abord que je suis content que le Plan national de mobilité continue à être mis en musique, et qu'il y aura une suite, c'est très bien.

Mais il ne faut pas hésiter, il faut aller vite! Il faut vraiment réaliser tous les projets qui sont inscrits dans le Plan national de mobilité et qui vont y être inscrits jusqu'en 2040. Vraiment, le temps presse. Je pense surtout aux transports en commun, à toutes les extensions du tram, du rail classique, mais aussi au covoiturage, il faut encore davantage développer le covoiturage.

Il va certainement y avoir de nouvelles possibilités dans le futur pour les régions plus rurales, avec des minibus autonomes qui vont ramener les gens vers les gares, etc. Il faut y aller. C'est maintenant ou jamais! Il ne faut pas rater le coche, parce que tout se joue au cours des 15 prochaines années".

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