Effort de guerreFrançois Bausch juge "utile de donner aux Ukrainiens l'argent public russe gelé"

Annick Goerens
Sommes-nous à la veille d'une troisième guerre mondiale? “Je ne vais pas exagérer les choses, mais le danger est bien là”, a indiqué mardi sur RTL l'ex-ministre de la Défense, à propos de la sécurité en Europe et du soutien à l'Ukraine.
© Annick Goerens

Avec la guerre en Ukraine la situation est compliquée (...), ce n’est pas nouveau, [mais elle l’est devenue encore plus] à cause du président américain, qui ne fonctionne plus de manière aussi transatlantique et multilatérale que les présidents qui l’ont précédé”, a déclaré mardi sur RTL le député vert et ancien ministre de la Défense, François Bausch.

Malgré le comportement actuel de la Maison Blanche, le député gréng est “confiant” dans le fait que “si un pays de l’OTAN était attaqué, l’article 5 jouerait toujours” et donc l’ensemble de l’OTAN, y compris les États-Unis, interviendrait.

Sommes-nous à la veille d’une troisième guerre mondiale? “Je ne vais pas exagérer les choses, mais le danger est bien là”, a répondu l’ex-ministre de la Défense. Il ne s’agit pas de faire peur aux gens, mais après la chute du mur en 1989, nous avons tous un peu vécu dans l’illusion d’une paix éternelle en Europe, selon lui. Nous avons vécu pendant 80 ans une situation plutôt exceptionnelle si l’on considère l’histoire de l’Europe. À présent la guerre est aux frontières de l’Europe et le risque qu’elle se propage est réel.

Dépenses militaires: il y a dette et dette

En ce qui concerne les dépenses militaires, il est important de penser au niveau européen et pas national. Les 27 États membres de l’UE ont donné la semaine dernière leur feu vert à un plan de défense de 800 milliards d’euros “Re-Arm Europe”. L’UE a également ouvert la voie à l’endettement. Le ministre luxembourgeois des Finances, Gilles Roth, s’est prononcé la semaine dernière contre le creusement de la dette pour financer les dépenses de défense. François Bausch rétorque qu’il faut “distinguer les dettes contractées pour investir, dans les infrastructures par exemple (...), et les dettes pour des dépenses de consommation, comme la réduction de la TVA dans le secteur de la gastronomie.” L’ancien ministre de la Défense ne pense pas qu’il soit possible de financer les “énormes sommes d’argent” consacrées à la défense uniquement par le biais des recettes. Il faudra s’endetter et investir dans les infrastructures, qui auront ensuite un retour pour la société.

Puisque c’est de l’argent public qui sera investi, les gagnants” de cette crise, c’est-à-dire l’industrie de l’armement, “devront ensuite être taxés plus lourdement”. Sans citer de noms, l’ex-ministre donne l’exemple de l’action d’une grande entreprise européenne, qui a une valeur de 1.200 euros cette année. Début 2022, elle était encore à 83 euros. Mais “il faut que cela soit réparti équitablement”, c’est pourquoi ces bénéfices devront être imposés à un taux plus élevé dans toute l’Europe.

Utiliser enfin les milliards russes gelés dans l’UE

Au début de la guerre en Ukraine, 350 milliards d’avoir russes ont été gelés dans toute l’Union européenne. Parmi ceux-ci, 200 milliards sont de l’argent de l’État russe. Il faut l’utiliser, estime François Bausch. “Pas le donner à l’industrie européenne de l’armement, ce serait un mauvais signal, mais le donner aux Ukrainiens”. Les Anglais l’ont déjà décidé. L’UE doit suivre.

À propos d’une industrie de l’armement propre au Grand-Duché, des armes “Made In Luxembourg”, François Bausch a indiqué qu’il faut “miser sur ses forces”. Le Luxembourg est bien positionné dans le secteur des satellites et en matière de cybersécurité. Le Grand-Duché doit investir de l’argent là où nous en obtiendrons un retour économique. Cependant, “globalement, il faut passer d’une pensée nationale à une pensée européenne”. Ce sera “moins cher” pour nous, nous serons “plus efficaces”. C’est pourquoi il convient désormais de “pousser encore plus la Commission européenne. La Commission est sur la bonne voie. Et nous voyons à nouveau qu’en période de crise, les choses vont parfois plus vite et on progresse davantage”, estime François Bausch.

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