
“Au Luxembourg, nous n’avons pas à nous inquiéter immédiatement qu’il arrive quelque chose ici [à cause de la guerre] en Iran. En revanche, il est clair que les armées sont là pour garantir la sécurité et qu’en ces temps où les crises se multiplient de tous côtés, cela se répercute naturellement sur nous : nous devons veiller à être plus opérationnels que jamais”, a déclaré le général Steve Thull. Le chef d’état-major de l’armée luxembourgeoise était l’invité la rédaction de RTL mercredi matin.
“En tant que petit pays, on n’a jamais la même puissance que les grands États. Il faut donc trouver sa place, et dans le monde, ce sont les grands qui décident de la direction à suivre.” Mais nous avons des valeurs que nous souhaitons défendre, et nous devons donc mieux nous préparer afin de faire “un effort solidaire vis-à-vis de nos alliés” et de répondre aux nouvelles exigences de l’OTAN.
Cela demande toutefois du temps, rien que pour les délais de livraison du matériel, par exemple pour le bataillon bi-national, “ces processus prennent des années”. “Donc, si l’on regarde aujourd’hui : avons-nous déjà ce matériel ? Non, mais nous sommes en bonne voie pour le mettre en place”, a expliqué le général.
Le personnel devra également encore être renforcé. Les efforts récents et les décisions politiques vont dans la bonne direction, mais ils ne suffisent pas. La semaine dernière, la Chambre a voté la loi RICO, qui propose une nouvelle réglementation du repos et des indemnités pour les soldats, par exemple lorsqu’ils partent à l’étranger pour des entraînements ou des opérations militaires.
Le général Thull justifie cette nouvelle loi : “Nous avions un accord de travail selon lequel les militaires bénéficiaient d’un temps de récupération disproportionné après être partis en exercice. Beaucoup plus que dans n’importe quel autre pays de l’OTAN. Actuellement, nous participons beaucoup plus souvent à des exercices, et ceux-ci durent également beaucoup plus longtemps. Donc, si ensuite je dois accorder plus de congés que tous les autres, nous risquons — ou nous aurions risqué — de nous retrouver à un moment donné sans personnel dans la caserne. Ce qui aurait signifié aucune capacité opérationnelle, et c’est cela qui n’allait pas. Il s’agit de trouver un équilibre sain entre, d’un côté, le temps libre nécessaire pour permettre aux militaires de récupérer physiquement, et de l’autre, l’indemnisation financière qui leur est accordée. L’objectif était ici de rétablir cet équilibre, afin que le travail de l’armée puisse continuer à être assuré correctement.”
Aujourd’hui, dans les familles, les deux parents travaillent, et il y a malgré tout la nécessité de s’occuper des enfants. Or ce sont justement les jeunes militaires qui doivent partir en exercices, ce qui signifie être absents pendant plusieurs semaines par an. Il faudra donc s’adapter progressivement à l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée ainsi qu’aux exigences de la société moderne. A l’armée, lorsqu’on part en mission, on peut même être absent jusqu’à six mois. “C’est réellement compliqué […] je n’ai pas de bonne solution à proposer”, admet Steve Thull.
L’armée a-t-elle besoin d’un statut séparé, détaché de celui des fonctionnaires ? “C’est précisément le problème”, répond le général. Actuellement, l’armée fonctionne, dans les grandes lignes, selon les règles appliquées aux fonctionnaires de l’État. Mais il lui faudrait davantage de flexibilité.
En octobre, Steve Thull partira à la retraite. Claude Robinet prendra alors la relève. C’est à lui qu’il reviendra de mettre en œuvre l’ensemble des engagements de l’OTAN, précise Steve Thull.