
Mercredi, le Premier ministre Luc Frieden a présenté son programme gouvernemental aux députés. Les débats sur ce programme ont commencé jeudi matin.
Le premier intervenant était le président du groupe parlementaire CSV, Marc Spautz. Un discours sans grande surprise: le CSV signe l'accord gouvernemental des deux mains.
Selon la fraction CSV, le programme accomplit l'essentiel: renforcer le pays et la population et réduire les inquiétudes et les peurs accumulées ces derniers temps. Marc Spautz a notamment souligné que les expressions "cohésion sociale" et "dialogue social" figurent 101 fois dans le programme gouvernemental. Dans son discours, il a également abordé des points spécifiques dans la politique de santé et le droit du travail. A propos de la pauvreté et des inégalités, comme l'avait fait Luc Frieden mercredi, Marc Spautz a identifié comme problème essentiel le logement et il a salué les mesures du programme gouvernemental en ce domaine.
Ensuite la parole a été donnée à Gilles Baum, président de la fraction DP. Lui aussi convenait dans son discours que pour stimuler la construction de logements, il faut augmenter à nouveau les avantages fiscaux pour l'investissement, que le DP avait pourtant limités sous le dernier gouvernement. Sans surprise là aussi, son groupe soutient le programme gouvernemental. En résumant sommairement: parce qu'il renforce l'attractivité du pays, ce qui est nécessaire au financement de l'Etat social. Au début de son intervention, Gilles Baum a toutefois avant tout défendu le travail du dernier gouvernement et remercié les ex-partenaires de coalition LSAP et Gréng pour leur excellente collaboration.
"Nous avons à présent pansé nos blessures", a déclaré la première intervenante de l'opposition, laprésidente du groupe parlementaire LSAP, Taina Bofferding. La résolution du LSAP, dans son nouveau rôle, est de veiller particulièrement au fait que l'écart entre riches et pauvres ne se creuse pas. En ce sens, Taina Bofferding a regretté que l'adaptation du barème d'imposition à l'inflation soit un cadeau de St Nicolas adressé aussi à des gens pour qui ce n'est pas nécessaire. En outre, elle a rappelé que pendant la campagne électorale, le CSV avait proposé d'augmenter le taux d'imposition maximum de 42 à 45%, puis dans le programme électoral ce n'était plus que 43% et maintenant, finalement, aucune augmentation du taux d'imposition maximum n'est prévu. On ignore tout aussi du financement des baisses d'impôts. Sa principale critique était au fond que le programme électoral est "vague". Taina Bofferding a en revanche salué le fait que l'on retrouve dans le programme gouvernemental de nombreuses mesures initiées par le dernier gouvernement, dont le LSAP faisait partie, notamment le maintien de l'index.
Le député ADR Fred Keup a également critiqué le fait que dans le programme gouvernemental, de nombreux points sont "vagues" ou "flous" et que très souvent ils seront seulement "examinés", "évalués" ou "analysés". A ses yeux, c'est un manque de courage, ou alors CSV et DP ne sont simplement pas encore d'accord. Plus grave encore pour lui, le manque de vision de ce à quoi ressemblera le Luxembourg dans 20 ou 30 ans. Et cela, alors qu'il y a déjà un retard au niveau des infrastructures et que nous sommes encore loin du million d'habitants que vise le pays.
Fred Keup s'est encore montré critique vis-à-vis de la politique éducative, ajoutant qu'il pouvait répéter ce que le CSV avait dit ces dernières années, alors qu'il ne fait rien aujourd'hui, notamment une pause dans la construction de nouvelles écoles internationales. Par contre, il se félicite d'un certain nombre de mesures en matière de sécurité, dont l'introduction de la comparution immédiate ou les tasers pour les policiers.
Jeudi après-midi, le débat a repris, avec comme première intervenante la députée des Gréng, Sam Tanson. Elle a une nouvelle fois remis en question, comme lors de la campagne électorale, et comme Jean-Claude Juncker en 2002, l'idée que les allégements fiscaux conduiraient à davantage de croissance et s'autofinanceraient. Pour toutes les mesures annoncées, Sam Tanson a demandé au nouveau gouvernement, combien de recettes l'Etat perdra, ou comment il compte les financer. La députée verte s'est aussi demandé si le CSV, avec ses baisses d'impôts, ne prend pas les citoyens "pour des gens pas très doués". Elle a d'abord affirmé que l'adaptation du barème à 4 tranches indiciaires, n'est en fait qu'une adaptation à 1,5 tranche, car le gouvernement sortant avait déjà décidé une adaptation à 2,5 tranches. Elle a aussi calculé qu'avec la mesure CSV-DP, pour un revenu brut mensuel de 3.000 euros, le gain sera de 14 euros par mois seulement. Pour un revenu de 12.000 euros, ce sera déjà "plus intéressant": ce sera multiplié par trois.
Sam Tanson a ensuite critiqué les incitations fiscales en matière de logement. Elle a cité l'ex-ministre des Finances libéral Pierre Gramegna. Lorsque celui-ci avait une première fois abaissé l'amortissement accéléré en 2020, il avait dit que si cette mesure menait à la construction de plus de logements, "ça se saurait!". A l'époque, les chefs de fraction CSV, Martine Hansen et Gilles Roth, étaient également d'accord pour abaisser l'amortissement accéléré, afin de lutter contre la spéculation et de faire rentrer plus d'argent dans les caisses de l'Etat.
En matière de politique climatique, la députée verte s'est félicitée que les plans et objectifs du gouvernement sortant soient maintenus, mais sur base des déclarations du Premier ministre, elle s'est demandée si le CSV et le DP avaient aussi la volonté de mettre ses objectifs en musique. L'ex-ministre de la Culture a encore regretté que la culture soit le parent pauvre de l'accord gouvernemental.
C'est "Robin des bois inversé", selon le député des Piraten Sven Clement. Il a partagé le constat de Taina Boffeding, qu'il n'y aura pas de nouveau taux d'imposition maximum, bien que cela figurait dans le programme électoral du CSV. Lui aussi s'est interrogé sur le financement de la réduction généralisée des recettes publiques. Il ne figure rien à ce sujet dans le programme gouvernemental. En revanche, il a compté plus de 160 fois des verbes tels qu'"analyser" dans ce programme. Comme tous les autres partis d'opposition, les Piraten pensent aussi que ce programme est "vague". Notamment lorsqu'il s'agit de savoir où trouver le personnel supplémentaire nécessaire dans le secteur de l'éducation ou dans celui de la santé.
En matière de logement, Sven Clement est d'avis qu'avec les mesures annoncées, les promoteurs vont gagner beaucoup d'argent. En matière de migration et d'asile, le député prédit une politique "froide", mais espère que le CSV et le DP, qui dirigent la plupart des communes, répartiront enfin équitablement les demandeurs d'asile. Enfin, il n'a pas trouvé grand-chose dans le programme concernant la lutte contre la pauvreté.
A la différence de 2018, où le Parti pirate avait été le seul parti d'opposition à soutenir le programme gouvernemental de l'époque, il ne le fera pas cette fois, malgré certains points positifs. Sven Clement a déclaré que cette fois, il n'y a pas de "fil mauve" dans le programme.
Dans le programme gouvernemental, Marc Baum n'a pas reconnu non plus de fil rouge, mais bien un "fil sombre, noir". Il fallait s'y attendre: pour le député de la Gauche, le programme gouvernemental peut se résumer ainsi "les riches vont devenir plus riches et les pauvres devront s'y faire". Comme les intervenants précédents LSAP, Gréng et Piraten, il a constaté qu'avec les mesures du CSV et du DP, plus vous gagnez d'argent, plus vous avez d'allègements fiscaux. Comme eux aussi, il s'est demandé comment tout cela allait être financé. "Il y a quelque-chose de douteux dans le système luxembourgeois", d'après Marc Baum, qui évoque un déficit démocratique. Il a cité un certain nombre de chiffres, dont il ressort que le CSV et le DP ont le moins de voix par rapport à la population totale, mais disposent néanmoins de 35 sièges à la Chambre. Il a réclamé une révision urgente de la loi électorale.
A la fin du débat, la majorité CSV-DP a accordé sa confiance au gouvernement par 35 voix pour. L'opposition a voté contre.