Conducteur abattu par un policier à BonnevoieCinq ans après, sa veuve n'arrive pas à avancer

Anne Wolff
Il y a un peu plus de cinq ans, un homme était abattu par un policier lors d'une course-poursuite à Bonnevoie.
© Archives RTL

A l'époque, la légitime défense avait été invoquée: le conducteur aurait pris la fuite devant les policiers. Lorsque l'un des jeunes agents avait finalement voulu arrêter l'homme à un croisement, celui-ci aurait foncé droit sur le policier. Ce dernier n'aurait pas vu d'autre issue que de tirer. C'était le 11 avril 2018.

L'automne dernier a eu lieu le procès, où la théorie de la légitime défense a été mise en doute. Elle n'a d'ailleurs pas été retenue par la Cour. L'ex-policier a été condamné à cinq ans de prison, dont trois avec sursis. Il n'a pas accepté ce verdict et a fait appel.

Pour la veuve du défunt, Gladys Van der Maat, cela signifie qu'elle ne peut toujours pas clore ce chapitre difficile de sa vie. Elle se sent abandonnée par l'État et la police. Elle a accordé une interview à RTL dans laquelle elle raconte comment elle a vécu cette épreuve à l'époque.

Elle a appris le décès dans le journal

Une équipe de RTL a rencontré Gladys Van der Maat sur son lieu de travail, dans un hôtel à Vianden. Elle s'y sent bien, elle s'entend bien avec ses collègues de travail. C'est ici aussi qu'elle a appris la mort de son mari, par le journal.

"J'ai vu le Lëtzebuerger Wort chez nous et il y avait une grande photo à la une. Sur celle-ci, j'ai reconnu ma voiture, qui était complètement détruite, et au-dessus, une partie du titre. Il y était question d'un accident mortel."

A ce moment-là, cela faisait déjà un jour que son mari avait disparu. Ce n'était pas la première fois que cela arrivait, mais la plupart du temps, il était de retour le lendemain. Au procès, il a été dit que l'homme aurait eu un problème de stupéfiants et que c'était probablement pour cette raison qu'il se trouvait dans le quartier de la Gare de Luxembourg. Gladys Van der Maat avait déjà appelé plusieurs hôpitaux et la police au préalable pour demander s'il était arrivé quelque chose à son mari.

"Ensuite je suis allée directement sur internet et j'ai zoomé sur la photo. Et là j'ai reconnu le petit cœur sur la glace. Je savais que c'était ma voiture."

Un parcours du combattant pour obtenir des réponses

Puis elle a essayé d'en savoir plus auprès de la police. Ce qui n'aurait pas été facile, elle aurait été sous le choc:

"J'ai obtenu deux fois un numéro de téléphone différent, avant d'arriver à l'inspecteur. Ce dernier m'a alors dit que mon mari avait vraisemblablement été abattu et que je devrais l'identifier. C'était un jeudi et il m'a dit que je devais venir le lundi. J'ai dit non, je viens demain! Je voulais savoir si c'était Richard, je voulais avoir la certitude."

Pourquoi a-t-elle dû apprendre la nouvelle par le journal, aujourd'hui encore, Gladys Van der Maat n'a aucune explication à cela. Certes son époux n'avait pas sa carte d'identité sur lui. Au procès, il a également été retenu que la voiture circulait avec de fausses plaques d'immatriculation, une raison pour laquelle les policiers auraient suivi le véhicule. Mais il y aurait eu dans la voiture des factures, sur lesquelles figuraient son nom et son adresse, dit Gladys Van der Maat.

Cette dernière habite de l'autre côté de la frontière, en Allemagne, mais elle pense que la police luxembourgeoise aurait pu la trouver dans ce petit village: "Il n'y a qu'une seule Gladys au village, les gens me connaissent."

Aucune excuse

Elle n'aurait jamais entendu d'excuses pour la mort de son époux, ni de la part de la police ni du fonctionnaire qui a abattu son mari en service. Elle ne croit pas que son Richard ait vraiment voulu écraser le jeune homme. Elle explique le fait que son mari ait reculé puis roulé en direction du policier, par une direction assistée défectueuse. Elle se demande toujours ce qui s'est précisément passé et pourquoi ce ne sont pas les pneus qui ont été visés.

Elle accepte néanmoins le verdict de première instance - cinq ans de prison, dont trois avec sursis - mais il est évident dans l'interview que cela lui est difficile. Gladys Van der Maat déclare les larmes aux yeux: "C'est plutôt peu pour quelqu'un qui a pris la vie d'un autre."

"Je veux poursuivre ma vie"

Le procès en appel début octobre est un fardeau pour elle: "C'est juste épuisant, je ne peux pas mettre cette histoire de côté. Vous ne pouvez simplement pas avancer dans votre vie, vous faites toujours attention aux journaux, vous regardez sur internet, s'il y a à nouveau quelque-chose."

L'interview a été réalisée peu avant le cinquième anniversaire de la mort de son mari. Le dossier qu'elle a constitué avec tous les articles parus dans la presse sur le décès de son époux, indique que la veuve ne peut pas passer à autre chose.

Gladys Van der Maat espère qu'après le procès en appel, le calme reviendra enfin dans sa vie. Elle ignore encore si elle se rendra au procès. Elle a peur de retomber dans un trou.

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